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Stendhal

Espace consacré à Napoléon Bonaparte et au Premier Empire. Merci de rester courtois dans vos échanges.

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Messagede Maria Kel » Mar 21 Mars 2017 : 01:05

Eh oui, le Duc d'Enghien, savamment orchestré par Fouché et Talleyrand :?
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Messagede Joker » Mar 21 Mars 2017 : 18:04

Maria Kel a écrit:Eh oui, le Duc d'Enghien, savamment orchestré par Fouché et Talleyrand :?


Ils n'ont fait qu'écrire la partition.
Le véritable chef d'orchestre dans ce bal macabre, c'était bel et bien Napoléon.
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Messagede Bastet » Mar 21 Mars 2017 : 18:40

Et à ce sujet l'outrance n'arrête pas Chateaubriand :lol:
" L'étranger, qui n'était point encore roi, voulut avoir le corps sanglant d'un Français pour marchepied du trône de France. Et quel Français, grand Dieu ! Tout fut violé pour commettre ce crime : droit des gens, justice, religion, humanité. [...]. Quand on entendit crier dans Paris l'arrêt de mort, il y eut un mouvement d'horreur que personne ne dissimula. On se demanda de quel droit un étranger venait de verser le plus beau comme le plus pur sang de la France. Croyait-il pouvoir remplacer par sa famille la famille qu'il venait d'éteindre ? Les militaires surtout frémirent : ce nom de Condé leur semblait appartenir en propre et représenter pour eux l'honneur de l'armée française. Nos grenadiers avaient plusieurs fois rencontré les trois générations de héros dans la mêlée, le prince de Condé, le duc de Bourbon et le duc d'Enghien ; ils avaient même blessé le duc de Bourbon, mais l'épée d'un Français ne pouvait épuiser ce noble sang : il n'appartenait qu'à un étranger d'en tarir la source."

Moins de virulence pour stigmatiser le crime dans les Mémoires:

Que de néants ! Bourbons, inutilement rentrés dans vos palais, vous n’avez été occupés que
d’exhumations et de funérailles ; votre temps de vie était passé. Dieu l’a voulu ! L’ancienne
gloire de la France périt sous les yeux de l’ombre du grand Condé , dans un fossé de
Vincennes : peut-être était-ce au lieu même où Louis IX, « à qui l’on n’alloit que comme à un
saint, s’asseyoit sous un chesne, et où tous ceux qui avoient affaire à luy venaient luy parler sans
empeschement d’huissiers ni d’autres ; et quand il voyoit aucune chose à amender, en la parole
de ceux qui parloient pour autrui, lui-même l’amendoit de sa bouche, et tout le peuple qui
avoit afaire par-devant lui estoit autour de luy. » ( Joinville.)
Le duc d’Enghien demanda à parler à Bonaparte ; il avait affaire par-devant lui ; il ne fut
point écouté ! Qui du bord du ravelin contemplait au fond du fossé ces armes, ces soldats à
peine éclairés d’une lanterne dans le brouillard et les ombres, comme dans la nuit éternelle ?
Où était-il placé, le falot ? Le duc d’Enghien avait-il à ses pieds sa fosse ouverte ? fut-il obligé de
l’enjamber pour se mettre à la distance de six pas, mentionnée par le duc de Rovigo ?"


" En exécutant le jeune duc d'Enghien, le Premier Consul a voulu terroriser l'opposition royaliste une bonne fois pour toutes en lui montrant qu'il n'était disposé à aucun accommodement avec elle. Il a aussi voulu prouver aux anciens jacobins et à tous ceux qui, à un titre ou un autre, ont tiré parti de la Révolution, qu'il était le meilleur rempart pour préserver les acquis de celle-ci et le retour de la prospérité.
Le meurtre aboutit au résultat escompté, contrairement au jugement d'Antoine Boulay de la Meurthe, un fidèle de Bonaparte : «C'est pire qu'un crime, c'est une faute». Cette formule est souvent attribuée à tort au ministre des Relations Extérieures, Talleyrand. Ce dernier, qui a en vérité encouragé le Premier Consul à commettre le crime, aurait seulement laissé tomber en apprenant la nouvelle : «Bah ! ce sont les affaires». " ( hérodote.net).

:salut:
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Messagede Maria Kel » Mar 21 Mars 2017 : 19:10

Joker a écrit:
Maria Kel a écrit:Eh oui, le Duc d'Enghien, savamment orchestré par Fouché et Talleyrand :?


Ils n'ont fait qu'écrire la partition.
Le véritable chef d'orchestre dans ce bal macabre, c'était bel et bien Napoléon.


Effectivement, mais les deux autres l'ont bien conforté dans son idée qu'Enghien faisait partie du complot visant à tuer Napoléon :?
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Messagede Bastet » Mar 21 Mars 2017 : 21:25

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Toujours Chateaubriand

Messagede Bastet » Jeu 23 Mars 2017 : 18:51

A la flamboyance outrancière du pamphlet qui se veut une dénonciation des cruautés les plus effroyables du « règne » tel le tableau sinistre des conscriptions "Aujourd'hui, homme de malheur, nous te prendrons par tes discours, et nous t'interrogerons par tes paroles. Dis, qu'as-tu fait de cette France si brillante ? Où sont nos trésors, les millions de l'Italie, de l'Europe entière ? Qu'as-tu fait, non pas de cent mille, mais de cinq millions de Français […] Tu voulais la république, et tu nous as apporté l'esclavage." , à l’injure hyperbolique du pamphlet, Napoléon « né pour détruire», l’assassin, le fléau de la France et de l’Europe , le génie du mal " Qui est-ce qui a assassiné le duc d’Enghien, torturé Pichegru, banni Moreau, chargé de fers le souverain Pontife, enlevé les Princes d’Espagne, commencé une guerre impie ? ", succédera le « blâme réfléchi » sans jamais échapper à l’envoûtement du mythe, l’image de Napoléon conserve sa grandeur épique qui enflammera la littérature romantique.

Chateaubriand parlant de ce " mélange de colère et d’attrait de Bonaparte contre et pour moi ( …)" semble plutôt définir ses propres sentiments complexes et contradictoire à l’égard de l’Empereur. :roll: :)
Dans les Mémoires, il avoue:" Mon admiration pour Bonaparte a toujours été grande et sincère alors même que j’attaquais Napoléon avec le plus de vivacité". La défaite, l’exil puis la mort du nouveau Prométhée lui fera écrire "Après Napoléon, néant. On ne voit venir ni empire, ni religion, ni barbares. La civilisation est montée à son plus haut point…" .
Napoléon un héros dont il reste fasciné "Aucune étoile n’a manqué à sa destinée :la moitié du firmament éclaira son berceau ; l’autre était réservé pour illuminé sa tombe " . Dans les Mémoires, il se veut lucide, " Après sa mort, [...] on oublia sa tyrannie [... ; nous nous figurons qu’il nous sauverait aujourd’hui de la honte où nous sommes : sa renommée nous fut ramenée par son infortune ; sa gloire a profité de son malheur " y proposant sa réponse à la question de savoir qui était vraiment Napoléon "Pour les êtres de la nature de Napoléon, […] ; ces créatures à haut renom ont une allure à part : les comètes décrivent des courbes qui échappent aux calculs ; elles ne sont liées à rien, ne paraissent bonnes à rien ; s’il se trouve un globe sur leur passage, elles le brisent zet rentrent dans les abîmes du ciel ; leurs lois ne sont connues que de Dieu. Les individus extraordinaires sont les monuments de l’intelligence humaine ; ils n’en sont pas la règle." tout en n'oubliant pas de dresser un parallèle entre l’Empereur et lui "Bonaparte et moi, sous-lieutenants ignorés ".... :lol:
Dans la préface de 1820 à la réédition de De Buonaparte et des Bourbons, Chateaubriand, revenant sur sa première attitude, la corrige et avoue : "On ne voyait que la moitié du tableau ; les défauts étaient en saillie dans la lumière, les qualités plongées dans l’ombre. Le temps a marché [...] Usurpateur du trône de Saint-Louis et des droits de la nation, tel se montrait Bonaparte [...] depuis j’ai dû parler d’un sceptre perdu, d’une épée brisée, en historien consciencieux [...] " . Il rend enfin justice à Napoléon : "La liberté m’a permis d’admirer la gloire : assise désormais sur un tombeau solitaire, cette gloire ne se lèvera point pour enchaîner ma patrie ". Par ailleurs, il s’ingéniera, dans les Mémoires, à montrer que d’autres ont été plus méchants, plus féroces que lui comme B. Constant ou P.L.Courier, pamphlétaire et polémiste....
En 1822, il avait esquissé un « parallèle » entre Napoléon et Washington, publié dans le Courrier français (feuille libérale) le 7 décembre 1827 : Washington, " génie d’un vol moins élevé", mais fécond, a fondé un monde et assuré les bases d’une République libérale et stable. Mais en devenant démocratiques, les sociétés changent de héros, ce que Chateaubriand regrette. Napoléon fut de la race d’Alexandre : en lui "toutes nos gloires d’autrefois se réunirent [...] et firent leur dernière explosion [...].".
C’est qu’entre-temps, en 1817, était arrivé le « Manuscrit venu de Sainte-Hélène »– bible des jeunes générations romantiques rêvant de la gloire dont elles s’estimaient privées – qui annonçait l’immense retentissement du Mémorial de Sainte-Hélène, publié en 1823....
Chateaubriand ,ambassadeur à Londres, en 1822, notera, amusé, : "Cette déification [par Wellington] semble plutôt l’œuvre de la vanité d’un concierge que de l’honneur d’un guerrier. – Général, vous n’avez point vaincu Napoléon à Waterloo ; vous avez seulement faussé le dernier anneau d’un destin déjà brisé" ou encore " [...] on était passé du dénigrement pour N. à un enthousiasme bête. Les mémoires de Bonaparte pullulaient ; son buste ornait toutes les cheminées, ses gravures brillaient sur toutes les fenêtres des marchands d’images [...] "…… :oops:

:salut:
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Messagede la remonte » Jeu 23 Mars 2017 : 19:12

hier dans des racines et des ailes ( j'ai pas tout vu ) , arrêt sur les images d'Epinal :? et leur immense contribution à la geste napoléonienne à travers toutes les chaumières de France :salut:

Image

sur cette image toutes les nations sont à son chevet :)

" Un entrepreneur spinalien, Jean-Charles Pellerin, à l'origine un fabricant de cartes à jouer, va s'imposer à partir de 1809 et donner à son imagerie une impulsion qui lui permet de résister au temps, à la concurrence et qui donne le nom d'image d'Épinal à l'image populaire. Un important ressort de cet élan est la construction du mythe napoléonien auquel participe son imagerie, par l'édition des séries d'images à la gloire du Premier Empire, des ses soldats à son chef. "
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Messagede Joker » Jeu 23 Mars 2017 : 19:27

En effet, pour avoir suivi cette émission, je le confirme.
Les images d'Epinal ont beaucoup contribué à la propagation de la propagande impériale.
Leur simplicité et leur beauté en faisaient des icônes pour le petit peuple friand d'objets de dévotion.

Les repreneurs actuels de l'imprimerie ont pour objectif d'exploiter la richesse des archives en matière d'imagerie d'Epinal pour remettre ce patrimoine à l'honneur et remettre les techniques utilisées au goût du jour grâce au talent de jeunes artistes.
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Messagede Maria Kel » Jeu 23 Mars 2017 : 19:58

J'espère qu'ils réussiront :salut:
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Revenons au sujet et...

Messagede Christophe » Jeu 23 Mars 2017 : 21:39

...restons-y ! :salut:
Suivez l’Épopée en lisant "L'Estafette": http://lestafette.unblog.fr
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Messagede barthelemy » Ven 24 Mars 2017 : 00:35

Merci pour ces infos sur les belles imageries d'Epinal :salut:

Justement, le 23 Mars 1842 disparaissait Henri Beyle, alias Stendhal

un site permet de télécharger gratuitement ses œuvres :

https://www.actualitte.com/article/patr ... dhal/69237

:salut:
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Messagede Bastet » Lun 27 Mars 2017 : 11:22

" J’ai toujours préféré la mythologie à l’histoire, parce que l’histoire est faite de vérités qui deviennent à la longue des mensonges, et que la mythologie est faite de mensonges qui deviennent à la longue vérité ""(Jean Cocteau)

Dans les Mémoires coexistent deux Napoléon : l’un petit, l’autre grand et par là on sort de l’Histoire : Napoléon se dresse dans "un songe immense et rapide, comme la nuit qui l’avait enfanté "....
Chateaubriand apparaît comme un admirateur critique de Napoléon "aigle, on lui donna un rocher à la pointe duquel il est demeuré au soleil jusqu’à sa mort, et d’où il était vu de toute la terre. Au moment où Bonaparte quitte l’Europe, où il abandonne sa vie pour aller chercher les destinées de sa mort, il convient d’examiner cet homme à deux existences, de peindre le faux et le vrai Napoléon : ils se confondent et forment un tout de leur réalité et de leur mensonge […] Bonaparte n'est plus le vrai Bonaparte, c'est une figure légendaire composée des lubies du poète, des devis du soldat, et des contes du peuple ; c'est le Charlemagne et l'Alexandre des épopées du Moyen Age que nous voyons aujourd'hui. Ce héros restera le personnage réel ; les autres portraits disparaîtront "

Chateaubriand inscrit l’Empereur, " Bonaparte a dérangé jusqu’à l’avenir " , dans le cours des choses et de la mémoire collective : "Pétrie avec les événements, quand les alluvions de nos malheurs se seront consolidées, on retrouvera son image incrustée dans la pâte révolutionnaire : homme fossile, on ne pourra le détacher du bloc". L’Empereur devient une vérité légendaire loin de l’ idolâtrie d’un Wellington qui a le ridicule privilège d'avoir fait de son hôtel une espèce de musée Bonaparte : " Cette déification semble plutôt l'oeuvre de la vanité d'un concierge que de l'honneur d'un guerrier " .
Napoléon c’est l'histoire inscrite au coeur de la mémoire des hommes dans une sorte d’extériorité qui le rend historiquement exemplaire .
Le destin de Napoléon écrase l'histoire des autres hommes " il combat, écrit Chateaubriand dans le parallèle Washington et Bonaparte , avec fracas sur une vieille terre ; il ne veut créer que sa renommée ; il ne se charge que de son propre sort. Il semble savoir que sa mission sera courte, que le torrent qui descend de si haut s’écoulera vite. il se hâte de jouir et d’abuser de sa gloire, comme d’une jeunesse fugitive. A l’instar des dieux d’Homère, il veut arriver en quatre pas au bout du monde. Il paraît sur tous les rivages ; il inscrit précipitamment son nom dans les fastes de tous les peuples ; il jette des couronnes à sa famille et à ses soldats ; il se dépêche dans ses monuments, dans ses lois, dans ses victoires. Penché sur le monde, d’une main il terrasse les rois, de l’autre il abat le géant révolutionnaire ; mais, en écrasant l’anarchie, il étouffe la liberté, et finit par perdre la sienne sur son dernier champ de bataille ".

L’idée que Napoléon surplombe les événements dont il semble étrangement absent se manifeste dans de nombreux passages des Mémoires, où l’Empereur est vu comme un être hors du temps, une espèce de génie insaisissable, en dépit des empreinte qu'il a laissées dans les institutions humaines, sa grandeur est celle d’ " un poète en action […] c’est pourquoi il a tant de prise sur l’imagination des peuples " , idée qu’expose le fameux parallèle " Washington n’appartient pas, comme Bonaparte à cette race qui dépasse la stature humaine. Rien d’étonnant ne s’attache à sa personne. il n’est point placé sur un vaste théâtre ; il n’est point aux prises avec les capitaines les plus habiles, et les plus puissants monarques du temps ; il ne court point de Memphis à Vienne, de Cadix à Moscou : il se détend avec une poignée de citoyens sur une terre sans célébrité, dans le cercle étroit des foyers domestiques. Il ne livre point de ces combats qui renouvellent les triomphes d’Arbelles et de Pharsale ; il ne renverse point les trônes pour en recomposer d’autres avec leurs débris ; il ne fait point dire aux rois à sa porte : Qu’ils se font trop attendre, et qu’Attila s’ennuie ".

Le constat de Chateaubriand est sans appel : "Bonaparte n’a aucun trait de ce grave Américain" parce que génie météoritique " Ce géant ne liait point ses destinées à celles de ces contemporains : son génie appartenait à l'âge moderne, son ambition était des vieux jours... Les hommes ne furent à ses yeux qu'un moyen de puissance; aucune sympathie ne s'établit entre leur bonheur et le sien... Les rois d'Egypte plaçaient leurs pyramides funèbres non parmi les campagnes florissantes, mais parmi les sables stériles ; les grands tombeaux s'élèvent comme l'éternité dans la solitude. Bonaparte a bâti à leur image le monument de sa renommée ".

:salut:
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Messagede Bastet » Mar 28 Mars 2017 : 17:12

Sous la Monarchie de juillet, Chateaubriand assista en spectateur à l’essor de la légende napoléonienne S’il vit en Napoléon l’un des maillons essentiels de la révolution démocratique, il aura surtout pressenti que l' épopée commence. Bonaparte est " né dans une île pour aller mourir dans une île, aux limites de trois continents ; jeté au milieu des mers où Camoëns sembla le prophétiser en y plaçant le génie des tempêtes ... l'ombre de Napoléon s'élèvera seule à l'extrémité du vieux monde détruit, comme le fantôme du déluge au bord de son abîme: la postérité lointaine découvrira cette ombre par-dessus le gouffre où tomberont des siècles inconnus..."
À cause de lui,- lui qui créa en 1808, avec l'ambition de former des citoyens éclairés, l'épreuve de philosophie-, les écrivains écrivent partout en Europe, les philosophes, surtout allemands, se mobilisent et les musiciens composent, – et encore au XX°siècle : Arnold Schoenberg,Ode à Napoléon op. 41 (1942)pour récitant, piano et quatuor à cordes -, Beethoven : la Symphonie héroïque, primitivement dédiée à Napoléon, Berlioz : Le Cinq Mai, Chant sur la mort de l’Empereur Napoléon, une cantate pour orchestre, chœur mixte et basse soliste, composée entre 1831 et 1835, sur un poème de Béranger, évocation des derniers jours de l’Empereur sur l’île de Sainte-Hélène et récemment découverte.
Napoléon a répandu et la mystique des Droits de l’homme et la haine viscérale des vieilles cours européennes. Les peuples conquis qui se sont frottés aux valeurs de 1789, ne mettront pas vingt ans à se retourner contre leurs gouvernants héréditaires. Napoléon aura révèlé les peuples à eux-mêmes.
Le romantisme primitif va se muer en nationalisme, les Anglais se sentiront plus anglais, les Allemands plus allemands, les Hongrois plus hongrois, les Italiens plus Italiens...Avec Napoléon, l'idée de nation s’éveillera ....
En Norvège, Henrik Wergeland, poète de la renaissance nationale, compose une Ode à Napoléon tandis qu' 1827, Prosper Mérimée, maître dans l’art de la mystification littéraire, fait paraître La Guzla ou Choix de poésies illyriques recueillies en Dalmatie, Bosnie, Croatie et Herzégovine.... :oops: ( ces provinces illyriennes furent en 1813 rattachées à l’Empire français ) . Nul ne met en doute l’authenticité de ces ballades populaires. Aussitôt le poète polonais Mickiewicz et le Russe Pouchkine les traduisent. Qu’y lit-on ? :
" Napoléon a dit : “ Réveille-toi, Illyrie ! ”
L’Illyrie se réveille et s’interroge en soupirant :
“ Qui m’appelle de nouveau ?
Grand héros, est-ce toi ? ”
Durant quatorze siècles, l’Illyrie est restée endormie sous la mousse.
Aujourd’hui c’est à elle que Napoléon fait appel ". :roll:

Mérimée dans une lettre adressée à Sobolevsky, ami de Pouchkine, le 18 janvier 1835, et, dans une préface écrite en 1840 pour la seconde édition de la Guzla, parue en 1842, a raconté lui-même l'histoire de cette mystification littéraire.

"Quand il ferma pour jamais les yeux , son épée, expirée avec lui, était couchée à sa gauche, un crucifix reposait sur sa poitrine: le symbole pacifique appliqué au coeur de Napoléon calma les palpitations ce coeur,comme un rayon du ciel fait tomber la vague"

:salut:
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Messagede la remonte » Mar 28 Mars 2017 : 17:36

Napoléon aura révèlé les peuples à eux-mêmes
hier soir , dans l'émission consacrée à de Gaulle , le même constat en Algérie . c'est clair et net dans la tête du général après son voyage sur place . :salut:
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