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Stendhal

Espace consacré à Napoléon Bonaparte et au Premier Empire. Merci de rester courtois dans vos échanges.

Modérateur: Christophe

Messagede Maria Kel » Sam 26 Novembre 2016 : 19:27

J'ai compris vos dires :lol:
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Messagede Moundir Pacha » Sam 26 Novembre 2016 : 19:47

Maria Kel a écrit:J'ai compris vos dires :lol:


A la bonne heure citoyenne d'Aquitaine !!! :)

:viva-italia: (et ses habitantes :aime: :fou: )

:salut:

PS : Rien ne vaut du "Knötel" pour traduire mon transalpin emballement :lol: :fou: :

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Messagede Maria Kel » Sam 26 Novembre 2016 : 20:28

Sympa :razz:

Rares sont les ouvrages qui parlent de nos soldats italiens :viva-italia:
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toujours Stendhal...

Messagede Bastet » Sam 26 Novembre 2016 : 20:36

:salut:
Marqué du sceau de l’extrême, de l’unique , Napoléon en est devenu un être dont on subit la fascination jusqu’à paralyser peut-être, parfois, les facultés critiques, et emplir l’âme d’étonnement et de respect. Il excita la curiosité passionnée des contemporains et de tous ceux qui l’ont approché, aimé ou détesté, tous ont été charmés par l’attrait fascinant que dégageait la personnalité de l’Empereur. :aime:

Stendhal comme d’autres , nombreux, a aimé et détesté à la fois Napoléon, subissant la force de son pouvoir de fascination, irrationnel pouvoir qui échappe à tout essai d’ analyse rationnelle.
Le mythe selon Jung est issu de l’inconscient collectif " mais le récit mythique une fois fixé devient le support de la mémoire. Sans doute que par une transmutation liée au nouveau mode de transmission, le mythe écrit perd son caractère d’objet de croyance et sa vérité littérale : le mythique devient du fabuleux ou « mytheux » ( muthôdès). Le mythe est l’expression symbolique d’une identité culturelle mais le récit tend à renforcer cette identité à mesure que le récit le diffuse et le vulgarise, la mythographie sous toutes ses formes loin d’ôter au mythe son efficacité en facilite la manipulation. Mêmes les historiens qui opposent au mythe, rejeté du côté de la fiction, la réalité des faits n’hésitent pas à l’utiliser" ( A propos de la « Bibliothèque » du pseudo Apollodore, Institut Félix Gaffiot, Université de Franche-Comté)
Les écrits de Stendhal , entre 1835 et 1840, le font apparaître comme singulièrement sensible à l’image mythique du « despote », en particulier dans les « Mémoires d’un touriste ».
Son pèlerinage à Lafrey est l’un des épisodes les plus émouvants du voyage " là se décida le sort de l’entreprise la plus romanesque et la plus belle des temps modernes."
Accompagné des quatre paysans témoins de l’événement, reconnaissant avec franchise son "enfantillage" il avoue aussi avec la même spontanéité " mon cœur battait avec violence, j’étais fort ému " ....Alors qu'il veut marquer " par un petit rameau de saule la place à laquelle Napoléon s’était arrêté , dans le pré, à une petite portée de fusil du bataillon et vis-à-vis sa gauche" l’un des paysans s’ est écrié " Ce n’est pas un petit rameau qu’il faut ici " et, les yeux brillants, " il est allé couper sur un vieux saule une grande branche de plus de douze pieds de hauteur, qu’il a plantée au lieu précis où Napoléon s’arrêta "..... Un peu plus loin dans le texte on peut lire ceci "Un jour il y aura dans cet endroit une statue pédestre de quinze ou vingt pieds de proportion précisément avec l’habillement que Napoléon portait ce jour-là "..... Précognition ? :roll:
Récit peut-être mythique mais cette posture de Stendhal en narrateur de la geste impériale est bien attachante " Peu après, Napoléon s’avança vers le bataillon et prononça les phrase que l’on trouve au "Bulletin ": il ouvrit sa redingote, disent les paysans, et eut le courage de dire en ouvrant sa poitrine : " Si quelqu’un de vous veut tuer son empereur, qu’il tire "....
Plus tard à propos du Bulletin il écrira " Je n’ai voulu lire le bulletin que Napoléon a donné de cette affaire qu’ aujourd’hui après mon retour à Grenoble, je l’ai trouvé parfaitement exact.
Napoléon n’avait aucun intérêt à mentir et d’ailleurs comme l’action était noble et grande, peut-être n’eût-il pas voulu la salir par un mensonge "....

Passion secrète :tourne: pour le héros dont il a subi le charme et dont il rêve du destin mit en drame "Si nous revenons au monde vers 1864 , nous trouverons affiché aux coins des rues :
Le retour de l’île d’Elbe
Tragédie en cinq actes et en prose
A cette époque la figure colossale de Napoléon aura fait oublier quelques siècles les César, les Frédéric, etc. " ( Racine) :volatilize:

:salut:
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Messagede Moundir Pacha » Dim 27 Novembre 2016 : 15:27

Légende dorée+ légende noire = Mythe

L'équation est simple pourtant !!! :tourne:

Cadeau :fleur3: :

http://www.dailymotion.com/video/xy3y67 ... n_creation


"Grazie" cittadina ! :salut:
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Messagede Bastet » Dim 27 Novembre 2016 : 16:16

Ah! oui cadeau :fleur3: surtout à cause de Dominique Fernandez " Le promeneur amoureux " en Italie, et Rome, et encore Naples photographies de ce grand artiste qu'est Ferrante Ferranti :fleur3:
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Le courrier de Russie

Messagede Bastet » Jeu 1 Décembre 2016 : 16:37

En supplément au gâteau ( étouffe-chrétien :lol: ) dit Napoléon :roll: :idea:

" Tu ne sais pas ce qu’est Napoléon ? Et pourtant c’est dans l’air » : ainsi la poétesse russe Marina Tsvetaeva se rappelait-elle, dans son essai Mon Pouchkine, les paroles de sa mère. 200 ans sont passés depuis que Napoléon a fui Moscou mais son destin extraordinaire continue de troubler l’imaginaire des Russes. Au cours des seules dix dernières années, cinq mises en scène de théâtre et des dizaines d’expositions, livres et films lui ont été consacrés. Le Courrier de Russie s’est mis en tête de comprendre pourquoi Napoléon bénéficiait d’un aussi grand succès dans le pays qui a le plus souffert de son invasion.apoléon messianiqueDe l’immense popularité du personnage de Napoléon dans la société russe témoignent de multiples recherches sociologiques. La guerre contre Bonaparte fait jusqu’à présent partie des dix principaux événements historiques intéressant les Russes. Napoléon entre invariablement dans la troïka des Français les plus célèbres : avec Charles de Gaulle et Nicolas Sarkozy. Dans la conscience historique russe, l’image de Napoléon est constamment assortie de l’épithète « grand » : et ce n’est pas seulement le « grand Français » ou le « grand stratège et homme d’État » mais aussi le « grand amant », souligne la présidente de la chaire de sociologie politique de la RGGU Natalia Velikaya, qui a dirigé l’ensemble de ces recherches.

Pourtant, la guerre de 1812 contre le « grand amant » fut pour la Russie une véritable catastrophe : la seule bataille de Borodino a fait quarante mille morts chez les soldats russes, les pertes totales de la guerre s’élèvent à près de deux cent mille victimes. À Napoléon, on a remis Moscou, son armée a dévasté de nombreuses provinces. Encore un quart de siècle après la fin de la guerre, les nobles de Smolensk allaient demander le secours de la noblesse d’Orel, épargnée par le malheur.

À grand peuple, grand ennemi
Mais aujourd’hui, seuls les historiens tracassiers se souviennent des pertes ; pour la majorité des Russes, le nom de Napoléon ne provoque qu’une invariable admiration. Natalia Velikaya explique ce phénomène par le caractère sélectif de la mémoire historique collective. Quand Napoléon est avant tout, pour les Russes, un favori du sort, un ingénieux qui a su saisir sa chance au vol, il est pour les Polonais d’abord un bienfaiteur et un libérateur : c’est l’empereur français qui, par la fondation du duché de Varsovie en 1807, a reconnu le droit du peuple polonais à un État souverain. « Chaque nation a tendance à interpréter l’histoire en sa faveur », poursuit Natalia Velikaya. Ainsi les Anglais sont-ils certains que le premier rôle dans le renversement de Napoléon revient non à la Campagne de Russie mais à la bataille de Waterloo, qu’ils ont remportée. Les Français pensent qu’ils ont vaincu à Borodino quand les Russes parlent de « digne match nul ». « Il est important pour nous de croire que Napoléon était un grand stratège, analyse Natalia Velikaya. Plus il semble invincible, plus notre victoire sur lui a de poids. En nous flattant de ce triomphe, nous nous remémorons tous nos autres succès passés – et nous éprouvons, en tant que peuple, un sentiment de cohésion et d’unité. »

« Puisque nous avons eu raison du grand génie Napoléon, comment pourrions-nous ne pas changer aussi notre pays ? », écrivaient dans leurs mémoires les officiers russes ayant combattu en 1812. La victoire sur l’empereur français rendit aux Russes un sentiment de confiance dans leurs propres forces, le désir d’influer sur le destin de leur pays. Ce n’est pas un hasard si de nombreux combattants de la campagne étrangère des années 1813-1814 rejoignirent le mouvement des décembristes et commencèrent de réclamer des changements décisifs pour la Russie : établissement d’une constitution, abolition du servage…

Mais la personnalité de l’empereur vaincu – passé de petit noble corse à maître de l’Europe – n’a pas charmé que les libres-penseurs. Les tsars russes ne cachaient pas non plus leur sympathie pour Napoléon. Nikolaï Ier l’appelait le « dompteur de la révolution » ; en signe de réconciliation avec la France, il fit envoyer la première pierre à partir de laquelle a été bâti le tombeau de Napoléon à Paris et la tsarine Maria épousa le duc de Leuchtenberg, beau-fils de Napoléon. Aleksandr II introduisit en Russie des réformes sur le modèle français. Jusqu’à Nikolaï II qui lisait ses mémoires et reconnaissait qu’il éprouvait un « culte de Napoléon ».

Même la révolution d’Octobre et la destitution des Romanov n’amoindrirent pas l’intérêt de la société russe pour l’image de Napoléon. Les blancs, croyant dans un parallèle entre l’histoire française et l’histoire russe, espéraient l’arrivée de leur « Napoléon » – celui qui en finirait avec la révolution et rétablirait la monarchie. Ils voulurent le voir et dans Kerenski, et dans Kornilov, et dans les autres généraux blancs.

Pour autant, Napoléon bénéficia de l’estime de la Russie soviétique également. En 1935, Staline commandait à l’historien Evgueni Tarle une vie de l’empereur. L’ouvrage présentait Napoléon comme un héros et une personnalité d’exception, comme un exemple à suivre. « C’était une réponse de la Russie soviétique à la Garde blanche, précise Sergueï Serikinski, historien et collaborateur de l’Institut d’histoire russe de l’Académie russe des sciences. En catalogant Bonaparte dans le camp des rouges, Staline s’efforçait de priver les blancs de l’espoir que puisse apparaître, dans leurs rangs, un nouveau Napoléon ».

On ne sait si Staline se voyait en « Napoléon », mais le rapprochement entre ces deux personnalités historiques fut en tout cas établi après la mort du secrétaire général de l’URSS. En 1971, l’historien Albert Manfred publiait une nouvelle biographie de Napoléon, dans laquelle il contait tristement la façon dont le révolutionnaire passionné, le combattant pour la liberté, l’égalité et la fraternité était devenu un despote et un tyran. L’allusion au Père des peuples était claire pour toutes les âmes sensées.

Indétrônable mythe
L’ambition napoléonienne de « refaire le monde à sa guise » a des contrecoups destructeurs. Les premiers à en avoir pris conscience en Russie furent les écrivains et les poètes. « Tous nous regardons vers les Napoléons. Et les créatures bipèdes par millions ne sont pour nous qu’une arme », a écrit Pouchkine. À la personnalité forte, il est permis – au nom du bien commun – de passer outre les lois de la morale. C’est précisément cette idée « napoléonienne » que Dostoïevski insuffle à ses personnages Ivan Karamazov et Rodion Raskolnikov.

« Dostoïevski s’intéressait au Napoléon intérieur dans chaque être comme une des voies possibles de son développement, explique Nikolaï Podosokorski, spécialiste de littérature et historien des idées. Le choix consiste entre la voie de Napoléon et celle du Christ, qui coexistent dans l’être humain. » Tolstoï, quant à lui, dessine un Napoléon aux « cuisses grasses et jambes courtes » et appuie, par ce grotesque mordant, sa théorie selon laquelle il n’y « pas de véritable grandeur là où sont absentes la simplicité, la bonté et la vérité. »

« Pourtant, bien que la culture russe ait démêlé le complexe napoléonien, le peuple dans son ensemble demeure sous l’emprise du culte de Napoléon, assure l’essayiste Felix Razoumovski, auteur de l’émission télévisée Qui sommes-nous ? Comment vaincre Bonaparte ? Et tous les héros des années 1990, les auteurs des privatisations-pillages, sont aussi des conséquences de ce culte : ce sont de petits Napoléons, guidés par la soif de renverser le pays, de soumettre le monde à leurs intérêts mesquins. Dans une certaine mesure, ils y sont parvenus. Mais les victimes ont été colossales. Et pourtant, nous sommes tous passés par l’école de Tolstoï… »

Et l’essayiste de citer cet extrait que tout Russe a lu à un moment ou un autre de sa vie : « Vanité de la grandeur, vanité de la vie dont nul ne peut saisir le sens, et plus encore vanité de la mort qu’aucun être vivant n’est à même de comprendre ni d’expliquer – c’est ce à quoi pensait le prince Andreï en regardant dans les yeux de Napoléon. "

En conclusion à cet article l' assertion définitive d' Evguéni Tarlé : " Napoléon en tant que fait historique est un phénomène qui ne pourra plus se reproduire nulle part, car la situation qui existait en France et en Europe à la fin du XVIII° et au début du XIX° siècle ne se réprenseta jamais dans l’histoire mondiale " ..... :oops:

:salut:
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L'Expiation

Messagede Bastet » Mer 1 Février 2017 : 17:08

Victor Hugo qui n’est jamais allé en Russie a pourtant écrit le plus beau poème du XIX° siècle ayant pour cadre cette Russie , l’Expiation ( I ° section des Châtiments ), qui a fixé à tout jamais dans les mémoires la campagne de Russie :
" Il neigeait. On était vaincu par sa conquête.
Pour la première fois l'aigle baissait la tête.
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête. Sombres jours ! l'empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.
Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche.
Après la plaine blanche une autre plaine blanche.
On ne connaissait plus les chefs ni le drapeau.
Hier la grande armée, et maintenant troupeau.
On ne distinguait plus les ailes ni le centre.
Il neigeait. "

Napoléon, autour duquel tout le texte s’organise, semble conscient d’être dans un lieu hors du lieu qui dépasse donc la contingence des faits, ce n’est plus la réalité mais sa déréalisation :

" L'empereur était là, debout, qui regardait.
Il était comme un arbre en proie à la cognée.
Sur ce géant, grandeur jusqu'alors épargnée,
Le malheur, bûcheron sinistre, était monté ;
Et lui, chêne vivant, par la hache insulté,
Tressaillant sous le spectre aux lugubres revanches,
Il regardait tomber autour de lui ses branches.
Chefs, soldats, tous mouraient. "
" Ce n'étaient plus des cœurs vivants, des gens de guerre
C'était un rêve errant dans la brume, un mystère,
Une procession d'ombres sous le ciel noir.
La solitude vaste, épouvantable à voir "

La plus grande armée du monde ensevelie sous la neige et l’anonymat de ses soldats : " et chacun se sentant mourir, on était seul "

Une description qui a un enjeu philosophique, religieux et historique:

" Est-ce le châtiment, dit-il, Dieu des armées ?"
Alors il s'entendit appeler par son nom
Et quelqu'un qui parlait dans l'ombre lui dit : Non. "
[…]

" Il est, au fond des mers que la brume enveloppe,
Un roc hideux, débris des antiques volcans.
Le Destin prit des clous, un marteau, des carcans,
Saisit, pâle et vivant, ce voleur du tonnerre,
Et, joyeux, s'en alla sur le pic centenaire
Le clouer, excitant par son rire moqueur
Le vautour Angleterre à lui ronger le cœur.
Il cria : « La mesure est comble cette fois !
Seigneur ! c'est maintenant fini ! Dieu que j'implore,
Vous m'avez châtié ! » La voix dit : Pas encore !
Enfin, mort triomphant, il vit sa délivrance,
Et l'océan rendit son cercueil à la France. "

" L'homme, depuis douze ans, sous le dôme doré
Reposait, par l'exil et par la mort sacré.
En paix ! — Quand on passait près du monument sombre,
On se le figurait, couronne au front, dans l'ombre,
Dans son manteau semé d'abeilles d'or, muet,
Couché sous cette voûte où rien ne remuait,
Lui, l'homme qui trouvait la terre trop étroite,
Le sceptre en sa main gauche et l'épée en sa droite,
À ses pieds son grand aigle ouvrant l'œil à demi,
Et l'on disait : C'est là qu'est César endormi !

Laissant dans la clarté marcher l'immense ville,
Il dormait ; il dormait confiant et tranquille. Une nuit, — c'est toujours la nuit dans le tombeau, —
Il s'éveilla. Luisant comme un hideux flambeau,
D'étranges visions emplissaient sa paupière ;
Des rires éclataient sous son plafond de pierre ;
Livide, il se dressa ; la vision grandit ;
Ô terreur ! une voix qu'il reconnut, lui dit :

— Réveille-toi. Moscou, Waterloo, Sainte-Hélène,
L'exil, les rois geôliers, l'Angleterre hautaine
Sur ton lit accoudée à ton dernier moment,
Sire, cela n'est rien. Voici le châtiment :
Regarde ! bals, sabbats, fêtes matin et soir.
La foule au bruit qu'ils font se culbute pour voir ;
Debout sur le tréteau qu'assiège une cohue
Qui rit, bâille, applaudit, tempête, siffle, hue,
Entouré de pasquins agitant leur grelot,
— Commencer par Homère et finir par Callot !
Épopée ! épopée ! oh ! quel dernier chapitre ! —
Entre Troplong paillasse et Chaix-d'Est-Ange pitre,
Devant cette baraque, abject et vil bazar
Où Mandrin mal lavé se déguise en César,
Riant, l'affreux bandit, dans sa moustache épaisse,
Toi, spectre impérial, tu bats la grosse caisse ! —
L'horrible vision s'éteignit. L'empereur,
Désespéré, poussa dans l'ombre un cri d'horreur,
Baissant les yeux, dressant ses mains épouvantées.
Les Victoires de marbre à la porte sculptées,
Fantômes blancs debout hors du sépulcre obscur,
Se faisaient du doigt signe, et, s'appuyant au mur,
Écoutaient le titan pleurer dans les ténèbres.
Et lui, cria : « Démon aux visions funèbres,
Toi qui me suis partout, que jamais je ne vois,
Qui donc es-tu ? — Je suis ton crime », dit la voix.
La tombe alors s'emplit d'une lumière étrange
Semblable à la clarté de Dieu quand il se venge
Pareils aux mots que vit resplendir Balthazar,
Deux mots dans l'ombre écrits flamboyaient sur César ;
Bonaparte, tremblant comme un enfant sans mère,
Leva sa face pâle et lut : — DIX-HUIT BRUMAIRE ! " ( Sections III,VII de L’Expiation)

Avec la bataille de Waterloo 1815 ( Section II) se terminent les temps héroïques de l’épopée pour voir débuter les temps modernes ..... :roll:
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Messagede Maria Kel » Mer 1 Février 2017 : 18:00

La Russie, dans l'austérité de ses paysages gelés la moitié de l'année a un charme indéniable. Da! :vive-la-russie:
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Messagede Bastet » Mer 1 Février 2017 : 20:14

" Tu voulais, versant notre sève,
Aux peuples trop lents à mûrir,
Faire conquérir par le glaive
Ce que l’esprit doit conquérir.
Sur Dieu même prenant l’avance,
Tu prétendais, vaste espérance !
Remplacer Rome par la France
Régnant du Tage à la Néva ;
Mais de tels projets Dieu se venge.
Duel effrayant, guerre étrange
Jacob ne luttant qu'avec l' Ange,
Tu luttais avec Jéhovah"
Ainsi Hugo explique-t-il le rêve du " géant" qu'il célèbre dans ce beau poème patriotique le "Retour de l'Empereur" ( 1840) mais n'avait-il pas lui-même reçu de 1802 " Un jour au Panthéon/J'avais sept ans ; je vis passer Napoléon" à 1815 l'illumination de la gloire napoléonienne? Ainsi V.Hugo subit-il l'enchantement du vainqueur puis du vaincu emmuré à Sainte Hélène enfin délivré par la mort :tourne:
" Sire vous reviendrez dans votre capitale
Sans tocsin, sans combat, sans lutte et sans fureur
Traîné par huit chevaux sous l'arche triomphale,
En habit d'Empereur!
Par cette même porte
Où Dieu vous accompagne,
Sire, vous reviendrez sur un sublime char,
Glorieux, couronné, saint comme Charlemagne
Et grand comme César"

:salut:
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Brrrr ! Il fait froid !

Messagede Moundir Pacha » Jeu 2 Février 2017 : 13:09

L'expiation : un bien joli poème qui s'apparente à une méditation :aime:

Je ne sais pas à qui appartient cette voix qu'entend le "Patron" mais en lisant ces émouvants alexandrins, celle de l'Ecclesiaste s'adresse à moi imméditament :lol: :

"Vanitas vanitatum, omnia vanitas"; "Sic transit gloria mundi" :tourne: :volatilize:

Sur ce, je retourne dans ma sommaire isba
Jouer du "oud" pour me réchauffer les doigts

PS : Meilleur poète que politicien le Victor :mrd:

Shoukran citoyenne :salut:
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Messagede Maria Kel » Jeu 2 Février 2017 : 13:47

Vous avez raison, Amicu Moundir, meilleur poète que politicien, vu la manière dont il traite Napoléon III :roll:
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Messagede Bastet » Jeu 2 Février 2017 : 15:56

Bonjour cher Moundir Pacha :fleur3: :fleur3:

Victor Hugo est marqué par le messianisme populaire issu de la Révolution qui fait de Napoléon,le Peuple et Dieu, une nouvelle Trinité :oops: Napoléon de cette "religion" étant le nouveau Christ :fou:

" [ ....] Dors, nous t'irons chercher ! ce jour viendra peut-être !
Car nous t'avons pour dieu sans t'avoir eu pour maître !
Car notre œil s'est mouillé de ton destin fatal,
Et, sous les trois couleurs comme sous l'oriflamme,
Nous ne nous pendons pas à cette corde infâme
Qui t'arrache à ton piédestal !

Oh ! va, nous te ferons de belles funérailles !
Nous aurons bien aussi peut-être nos batailles ;
Nous en ombragerons ton cercueil respecté !
Nous y convierons tout, Europe, Afrique, Asie !
Et nous t'amènerons la jeune Poésie
Chantant la jeune Liberté !

Tu sera bien chez nous ! –couché sous ta colonne, [...] ( A la Colonne, 1830 )

La vraie coupure dans la vie de V.Hugo est pourtant d'origine politique: un premier Hugo de sa naissance à l'exil ( 1802- 1851) et un second de l'exil à sa mort (1851- 1885).
Hugo partageait les aspirations politiques et sociales de la génération romantique, à partir de l'élection du Prince- Président, Hugo qui avait pourtant soutenu la candidature de Louis- Napoléon contre le républicain Cavaignac, peu à peu devient un opposant tout au long d'une série d'événements quotidiens, d'ailleurs il tenta de résister au coup d'état du 2 décembre 1851, mais les condamnations, depuis juillet pleuvaient sur sa famille et son journal l' Avènement du peuple, le 11 décembre au soir il franchit la frontière et arrive à Bruxelles. Ce sera le 9 janvier 1852 après le plébiscite du 31 décembre que le Prince-Président. signe le décret d'expulsion qui frappe le poète. :roll:
Le 5 août paraît à Bruxelles, Napoléon -le- Petit qui sera présenté , publiquement, au cours d'une réception, à Louis- Napoléon.... :tourne: lequel, le montrant aux invités, dira " Messieurs, je vous présente Napoléon- le- Petit par monsieur Victor Hugo -le - Grand.... :)
Politiquement son intransigeance, dont il ne se départira pas, refusant en 1859 l'amnistie offerte par un empire qui évolue vers l'empire libéral, est une victoire. Victor Hugo a tenu la promesse d' Ultima Verba:

" [...] Oui, tant qu'il sera là, qu'on cède ou qu'on persiste,
O France ! France aimée et qu'on pleure toujours,
Je ne reverrai pas ta terre douce et triste,
Tombeau de mes aïeux et nid de mes amours !

Je ne reverrai pas ta rive qui nous tente,
France ! hors le devoir, hélas ! j'oublierai tout.
Parmi les éprouvés je planterai ma tente :
Je resterai proscrit, voulant rester debout.

J'accepte l'âpre exil, n'eût-il ni fin ni terme,
Sans chercher à savoir et sans considérer
Si quelqu'un a plié qu'on aurait cru plus ferme,
Et si plusieurs s'en vont qui devraient demeurer.

Si l'on n'est plus que mille, eh bien, j'en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor inconnu ;
S'il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là !"

:salut:
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Nietzsche et Napoléon

Messagede Bastet » Dim 19 Février 2017 : 19:28

" Qui sont tes ennemis, mon fils ? Napoléon et, tout le temps qu’il est leur empereur, les Français" Catéchisme allemand du Prussien H. Von Kleist dans lequel il exprime toute sa haine à l’égard de Napoléon "cet aventurier couronné par la fortune", ce « fils de l’enfer » que dans son poème "La Germanie à ses enfants" il appelait ouvertement à assassiner .....Dans le Catéchisme il fait dire au père et à son fils : " L’as-tu jamais vu ? Jamais mon père. Comment dois-tu te le représenter ? Comme un esprit parricide, sorti de l’enfer, qui rose dans le temple de la nature, secouant toutes les colonnes sur lesquelles il est bâti" . En diabolisant ainsi Napoléon Kleist en fait un personnage d’essence métaphysique " objet d’adoration ou d’effroi de nature religieuse " auquel on devait reconnaître une grandeur surhumaine.....

Admiration et crainte, attirance et haine …Les philosophes allemand resteront divisés sur la personne de Napoléon, même si pour Goethe il est bien autre chose qu’un conquérant et un tyran.

En 1811 Napoléon fait son entrée à Düsseldorf et Henri Heine a 14 ans ....Plus tard, le chantre de la légende napoléonienne, écrira ce passage célèbre : " L’Empereur avec sa suite passait au centre de l’allée du parc. Il portait son simple uniforme vert et le petit chapeau historique. Il montait un petit cheval blanc […] Assis nonchalamment presqu’affalé sur sa selle, l’Empereur tenait d’une main la bride relevée et, de l’autre, il flattait gentiment le cou du petit cheval. C’était une main de marbre ensoleillé, une main puissante, une de ces deux mains qui avait dompté l’hydre aux mille têtes de l’anarchie et réglé le duel des peuples…et elle flattait gentiment le cou du petit cheval. Le visage aussi avait cette couleur que l’on trouve aux bustes de marbre grecs et romains, ses traits avaient la même noble proportion, comme ceux des têtes antiques, et sur ce visage était écrit : « tu n’auras pas d’autre dieu que moi "..... Mais Heine pardonnait ce sentiment d’orgueil ,- que d’autres appelaient démesure, l’ hubris des Grecs ou la faute suprême qui fait fondre sur celui qui la commet la colère des dieux et leur vengeance, la némésis-, à celui qui avait libéré les Juifs du ghetto ....

Hegel dans une lettre à un ami, à la veille de la bataille d’Iéna, exprime la vénération philosophique qu’il vouait aux grands hommes de l’histoire considérés comme les instruments du Weiltgeist, l’ "Esprit universel " :" j’ai vu l’empereur, cette âme du monde, pousser une reconnaissance à cheval en dehors de la ville. C’est en vérité une sensation prodigieuse que de voir là, assis sur son cheval, concentré sur un point, un tel individu, qui étend sa main sur le monde et le domine »…Après les actions de l’Empereur il disait encore « de jeudi à lundi de tels progrès ne sont possibles qu’à cet homme extraordinaire qu’il est impossible de ne pas admirer ", de même il écrivait " si le ciel, c’est-à-dire l’empereur des Français le veut...."

Quant à Nietzsche venu après Goethe et un demi-siècle après Napoléon, parmi d’autres philosophes comme Hegel ou Marx , l’insère en dehors des catégories politiques et éthiques dans la philosophie de l’histoire et dans son œuvre: "Aurore", réflexions sur les préjugés moraux, "Généalogie de la morale ", " Volonté de puissance ", " Ecrits posthumes ".....

Nietzsche célébrera a posteriori la miraculeuse grandeur dont il subit la fascination en la personne de Napoléon. Jean Tulard a pu écrire à ce propos que Nietzsche avait contribué à l’élaboration du mythe où le personnage historique Napoléon s’estompe révélant l’emprise immense de l’imaginaire, cette " superbe puissance »" ( Paul Valéry) sur les individus :
"Napoléon savait mieux que personne que son pouvoir, plus encore que tous les pouvoirs du monde ne le sont, était un pouvoir rigoureusement magique, — un pouvoir de l’esprit sur des esprits, — un prestige. " ( Paul Valéry) , prestige au sens latin du terme fantasmagories, illusions, mirages que l’imagination suscite....

Selon Nietzsche la réalité se réinvente afin de " constamment susciter et soutenir l’éveil de la grandeur " ou encore il écrit "Ma tâche consiste à mettre en lumière ce que nous serons obligés d’aimer et de vénérer toujours […] : le grand homme " , les individus d’exception, "les grands héros d’une époque, ceux qui marchent seuls ", les " fortes natures exemplaires, dans lesquelles les fantasmes s’engendrent pour la création de valeurs neuves" .
Nietzsche a le souci de l’individualité supérieure, apte à entraîner derrière elle l’humanité en vue d’un destin digne d’elle. Avant que Napoléon soit mentionné dans son œuvre, parlant du héros tragique, le philosophe évoque « l’élan titanesque, ce besoin de se faire en quelque sorte l’Atlas de tous les individus et de les porter toujours plus haut et plus loin sur ses vastes épaules " . Parlant de la figure du Saint il écrit " Ce qui donne sa valeur au saint dans l’histoire universelle, ce n’est pas ce qu’il est, mais ce qu’il signifie aux yeux des autres, les non saints" . Pour lui ce qui compte plus que la réalité c’est le "sens " , la " valeur " de l’homme supérieur qui atteint secrètement chacun d’entre nous, ce " quelque chose qui ‘(dépasse) la mesure humaine " et qui a permis aux saints de " s’emparer de l’imagination d’époques et de peuples entiers " .
Ainsi la figure grandiose de Napoléon, que N. a inséré dans sa philosophie l’interprétant selon les termes fondamentaux de sa pensée, hante les imaginations hors la réalité puisqu'il est l'un de ceux qui ont "le droit de se dispenser d’une foi…comme César, Frédéric le Grand, mais aussi Homère, Léonard de Vinci, Goethe ".....
Néanmoins parlant de Goethe, Nietzsche rappelle que " le grand événement de sa vie fut la rencontre de cet " ens realissimum " qui s’appelait Napoléon" aussi dans un de ses derniers écrits il présentera Napoléon comme " le plus grand des réalistes", éloigné de toute idéalité prenant ainsi ses distances avec l’hagiographie. Il ne prend pas comme les romantique Napoléon pour un demi-dieu , un être qui aurait une " origine surhumaine" comme il conteste " la superstition du génie " évoquant l’exemple de l’idolâtrie dont Napoléon a été l’objet , suggérant que c’est Napoléon lui-même qui a rendu possible au XIX siècle la fabrication d’ " un idéal fait de chair et de sang" presque divinisé " oui, peut-être est-ce même précisément lui qui a suscité dans l’âme de nos contemporains cette prostration romantique devant le “génie” et le “héros”, si étrangère à l’esprit du siècle des Lumières " parce que lui-même aurait fini par "se prendre pour on ne sait quoi de surhumain " subissant l’illusion de ses dévots....
Ce qui autorise à dire que dans l’œuvre de Nietzsche il existe une dimension critique à l’égard de Napoléon…. En particulier dans " Aurore, réflexions sur les préjugés moraux " ,Nietzsche ne lui reconnaissant que des "qualités purement humaines": la puissance, la force intérieure et spontanée qui rayonne dans la création de valeurs nouvelles, l’affirmation de soi, voilà les qualités qui fascinent Nietzsche parce qu’elles ont pu "s’élever à cette puissante unité qui le distingue de toutes les personnalités modernes"

Napoléon sait tirer parti même de ce qui le dessert, ainsi ce " parler mal ". C’est alors que
" l’alliance de la puissance et de la génialité " éclate lorsque provocateur il exagère délibérément son travers au point de "parler plus mal encore qu’il ne le pouvait ". Sublimant ainsi un potentiel handicap en puissance il montre " son goût de la domination " et " son esprit subtil" . Par son mépris des convenances sociales, il domine "sa propre exaspération "à se sentir inférieur aux autres sur ce point et la retourne en supériorité.

Comme, selon Nietzsche, Napoléon préfigure l’avènement "d’une aristocratie nouvelle " avec lui s’est aussi produite " l’apparition d’un maître absolu ", le " plus haut bonheur auquel ce siècle ait pu atteindre ", conclut Nietzsche

Il n’a cependant jamais fait de Napoléon ne serait-ce qu’ une très lointaine approximation du surhomme, bien que la figure de Napoléon soit centrale dans son œuvre parce qu’il représente la puissance positive, l’antidote au " déclin ", à " l’épuisement" , à" l’affaiblissement des instincts "qu’il observe " chez nous, les hommes “modernes”, les Européens "

Dans un paragraphe du Gai savoir intitulé " Notre croyance à une virilisation" il dissocie Napoléon de la Révolution Français qui incarne à ses yeux le sentimentalisme douceâtre de la fraternité, tandis que Napoléon incarne la grandeur héroïque de la guerre ; selon N. ( Gai savoir) on doit à Napoléon d’être entré dans l’âge classique de la guerre scientifique, en même temps que nationale, la guerre " en grand .

A lui "reviendra l’honneur d’avoir refait en Europe un monde où l’homme l’emportera sur le commerçant et le philistin ", sur le bourgeois qui a besoin de la paix ... "Je suis belliqueux de nature, avoue Nietzsche. L’agression fait partie de mes instincts. "

Dans ses derniers écrits Napoléon glorifié est de plus en plus symbole de la " figure du grand combat, provisoirement différé mais toujours à venir, contre la dénaturation de l’homme occidental, victime de ses illusions religieuses, philosophiques et politiques. " . Napoléon apparaît comme le type viril suprême et son existence relève aussi du miracle car il lui a fallu une force exceptionnelle pour ne pas se laisser étouffer par "nos concepts débiles, efféminés et sociaux du bien et du mal" , qui ont pour effet de " briser les individus autonomes, indépendants et sans préjugés, piliers d’une civilisation forte " .
La civilisation n’a d’autre fin aux yeux de Nietzsche que de culminer en des sommets tel que Napoléon : le génie doit être le maître.

Napoléon, homme de guerre n’apparaît pas dans l’œuvre . Aucune référence aux campagnes napoléoniennes mais une justification implicite en est donnée dans les premières œuvres :elles sont facteur d’élévation.
"C’est la société, notre société policée, médiocre, castrée, qui fatalement fait dégénérer
en criminel un homme proche de la nature " mais " il est des cas où un tel homme se révèle plus fort que la société. Le Corse Napoléon en est l’exemple le plus fameux " Napoléon devenant pour Nietzsche le paradigme du méchant qui commet le mal pour le plus grand bien de la collectivité.....

Une conséquence indirecte et lointaine des guerres napoléoniennes, au-delà du " mouvement national " qu’elles ont suscité en Allemagne c'est selon Nietzsche l’apparition et le renforcement d’un sentiment européen . Il cite Napoléon au premier rang des " hommes vastes et profonds ", indemnes de " la folie nationaliste ", en qui au contraire s’éveilla " le désir d’unité de l’Europe " ,pressentant et incarnant " par anticipation, l’Européen de l’avenir " . Nietzche célèbre en Napoléon " l’un des plus grands continuateurs de la Renaissance " et l’homme " qui voulait une Europe d’un seul tenant, et cette Europe maîtresse du monde ". Pour Nietzsche , le monde doit à Napoléon "presque toutes le espérances les plus hautes de ce siècle" ....
Cet élargissement du national aux dimensions de l’Europe parut inéluctable aux yeux de Nietzsche qui y vit la promesse d’une ère radicalement nouvelle aussi l’exemple de Napoléon illustre une loi générale.
"Le siècle prochain marchera sur les brisées de Napoléon, le premier en date et le plus moderne des hommes des temps nouveaux "
Son unique question : " la grandeur est-elle aujourd’hui possible ? ", cette grandeur qu’il projeta en Napoléon, type de l’individu supérieur, " synthèse de l’inhumain et du surhumain " parce que " tout ce qui agrandit l’homme est inhumain ou surhumain " écrit Paul Valéry et Nietzsche ira jusqu’à dire dans Par delà le bien et le mal " L’évènement qui a déterminé Goethe à transformer son Faust, voire tout le problème de l’homme, c’est l’apparition de Napoléon ".

:salut:
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Napoléon, Narbonne et Villemain...

Messagede Bastet » Lun 27 Février 2017 : 16:29

A.F. Villemain est né à Paris, le 9 juin 1790.
Traducteur, critique, auteur de nombreux travaux littéraires, il fut professeur à la Faculté des lettres où il suppléa Guizot pour l'histoire en 1814 et remplaça Royer-Collard pour le cours d'éloquence française de 1816 à 1826; il fut aussi maître de conférences à l’École normale et rédacteur au Journal des Débats, à la Revue de Paris, à la Revue des Deux-Mondes..... :oops:
Elu à l'âge de 30 ans membre de l'Académie le 24 avril 1821. Il fit partie de la Commission du Dictionnaire et écrivit la préface de l'édition de 1835. En 1827, il rédigea et signa avec Chateaubriand la supplique au roi en faveur de la liberté de la presse ; cet acte lui fit perdre sa place de maître des requêtes au Conseil d’État. Favorable à Victor Hugo dès sa première candidature il vota toujours pour lui. Nommé secrétaire perpétuel le 11 décembre 1834 il exerça une grande influence à l'Académie pendant près de cinquante ans. Villemain joua un rôle politique important ; il fut député en 1830, pair de France en 1832, ministre de l'Instruction publique de 1839 à 1844. Il meurt le 8 mai 1870.

Mais qui se souvient encore de celui qui fut en son temps un universitaire prestigieux ? Et pourtant ses travaux sur la littérature française, sur les sources anglaises de la littérature française ( Cours de littérature française, 1828, Tableau de littérature française du XVIII°, 1827,1828) comme ses études historiques sont l’œuvre d’un érudit... C’est, en particulier, à Villemain que l’on doit l’introduction de l’histoire dans la critique littéraire comme le terme de littérature comparée : dans un cours de littérature française, Villemain évoque à plusieurs reprises l’histoire littéraire comparée, mais il n’existera pas avant la fin du XIX° de professeurs de littérature comparée…. :roll:
Ses "Observations sur quelques passages de l’histoire du Consulat et de l’Empire " sont considérées comme l’une de ses meilleures œuvres .

Le premier volume du dernier livre que Villemain a publié "Souvenirs contemporains d'histoire et de littérature " fait revivre le comte de Narbonne, né en 1755, surnommé Demi- Louis tant sa ressemblance avec Louis XV, son père biologique, était frappante….., Narbonne resté « fidèle jusqu’à son dernier souffle à l’homme prestigieux qui l’avait ébloui » ( Villemain)
La biographie du comte de Narbonne, nommé aide de camp de l’Empereur en 1812, a fourni à l’auteur l’occasion de rapporter les entretiens familiers, au jour le jour, de ce dernier avec l’Empereur, qu’il dicta à Villemain, dont il a été fait une adaptation sous le titre de " Napoléon et l’Europe ou Napoléon expliqué par lui-même".
Villemainr nous a-t- il transmis ces entretiens fidèlement ? Il n’avait que vingt ans à l’époque et enseignait déjà l’éloquence à l’Ecole Normale " j’avais , quoiqu’à peine l’âge de la conscription, l’honneur d’être un de ses maîtres pour une partie de l’enseignement des lettres latines et françaises ".
L’exactitude littérale de ces conversations n’a - t- elle point pâti du temps écoulé, 44 ans, avant la rédaction définitive… ? Villemain, s’est-il efforcé de restituer avec exactitude les conversations de Napoléon et de son aide de camp… ? Quoiqu’il en soit ces Souvenirs appartiennent plutôt au genre des Mémoires qu’à l’histoire proprement dite.

Chapitre 1, Napoléon et l’école normale
" Il veut , et il me l’a dit vingt fois, que son règne soit signalé par de grands travaux d’esprit, de grands ouvrages littéraires. Etre loué comme inspirateur de la science et des arts, être le chef éclatant d’une époque glorieuse pour l’esprit » ainsi s’exprime Narbonne . Quant à Napoléon il y apparaît très sévère pour l’enseignement littéraire reçu à Brienne : "On nous instruisait très mal à Brienne : j’avais quinze ans ; on ne me mettais dans les mains que d’insipides extraits de Domairon. Des extraits ! méthode pitoyable ! […]. Plus tard je réparai cette lacune en lisant prodigieusement.[…] . le grand côté de l’histoire ne m’apparaissait pas. A Valence mon âme dormait encore ; et ce que j’écrivais, car j’écrivais beaucoup, était faible et pâle. "
Bossuet lui fut une révélation enthousiasmante "la plus grande parole de l’univers chrétien et le meilleur conseillé des Princes . Le jour où par bonheur je rencontrai Bossuet, où je lus, dans son « Discours sur l’histoire universelle » la suite des empires, et ce qu’il dit magnifiquement des conquêtes d’Alexandre, et ce qu’il dit de César qui, victorieux à Pharsale, parut en un moment par tout l’univers, il me sembla que le voile du temps se déchirait u haut en bas et que je voyais les dieux marcher. " .
Corneille joua le même rôle sur son imagination et sa pensée créatrice " Quel chef-d’œuvre que Cinna ! Comme cela est construit ! […]. La première fois que j’entendis ce langage, je fus comme illuminé, et j’aperçus clairement dans la politique et dans la poésie des horizons que je n’avais pas encore soupçonnés, mais que je reconnus faits pour moi."
Ce théâtre classique si cher à l’Empereur est le patrimoine de la nation aussi " avant tout mettons la jeunesse au régime des fortes et saines lecture… Corneille, Bossuet, voilà les maîtres qu’il lui faut. Il n’y a pas de littérature séparée de la vie entière des peuples…ayons donc des lettres françaises dignes du Concordat… " d’où l’obligation que " l’enseignement public soit avant tout judicieux et classique " ce qui importait également à la gloire de l’Empereur " car l’éducation publique , c’est l’avenir et la durée de mon œuvre, après moi " . Cette référence insistante au classicisme n’empêcha pas un goût moderne de s’imposer…. :tourne:

Des entretiens qui affectent plutôt la forme du monologue, Narbonne n’intervenant guère que pour donner la réplique et qui montrent Napoléon impatient d’établir des palmarès et de distribuer des médailles.... :roll: mais qui posent le principe d’une politique culturelle dirigiste et volontariste " ayons de fortes études et une jeunesse nourrie dans l’admiration du grand et du beau ", il faut surtout " stimuler les travaux de l’esprit sur une échelle qu’on n’avait jamais vue depuis Louis XIV " et " être le chef de file d’une époque glorieuse pour l’esprit humain ". Mais l’échec des prix décennaux révélèrent un désaccord complet, à propos des œuvres présentées, entre le jury, l’opinion publique et Napoléon lui-même " ( Les) prix décennaux qu’on m’a gâtés par de petites intrigues d’idéologies et des couronnements ridicules, comme celui du catéchisme de Saint- Lambert " . La fronde des gens de lettres s’exprima principalement par la dissidence des deux plus grands écrivains du moment : Chateaubriand et Mme de Staël .
Monarque éclairé , protecteur des sciences et des arts mais conscient également que l'instruction publique était une organisation conforme à ses intérêts politiques "Le mouvement qui, au XVIII° siècle, partait de la société et ensevelissait le pouvoir, je veux qu’il parte du trône et que partout il réveille et dirige . […] l’éducation publique , c’est l’avenir et la durée de mon œuvre, après moi ". Mais à trop vouloir régenter son autoritarisme a souvent produit des effets contraires à son attente.. :roll: .

"En recueillant ces débris de l’entretien d’un homme qui a fait et dit tant de grandes choses(…) j’ai cru qu’il ne serait pas sans intérêt pour l’histoire de montrer les curiosités d’esprit, les digressions à la fois spéculatives et pratiques, dont se préoccupait le Dominateur de l’Europe, […]. Il m’a semblé aussi que c’était justice envers tous de rappeler le sentiment que ce Dictateur sans pareil avait de la dignité morale de la France […] " conclut Villemain à la fin du chapitre

Napoléon songea-t-il à fonder le régime nouveau de l'Orient ? ( chapitre 2 Napoléon et l’Orient) : " Puis, avec un éclat soudain du regard, qui glaça de surprise son interlocuteur : « Après tout, mon cher, dit-il , comme dans l’exaltation du rêve, cette longue route, est la route de l’Inde. Alexandre était parti d’aussi loin que Moscou pour atteindre le Gange. Je me le suis dit depuis Saint- Jean -d’Acre . Sans le corsaire anglais et l’émigré français qui dirigèrent le feu des Turcs, et qui, joints à la peste, me firent abandonner le siège, j’aurais achevé de conquérir une moitié de l’Asie, et j’aurais pris l’Europe à revers, pour revenir chercher les trônes de France et d’Italie. Aujourd’hui c’est d’une extrémité de l’Europe qu’il me faut reprendre à revers l’Asie, pour y atteindre l’Angleterre. […]. Supposez Moscou pris, la Russie abattue, le Czar réconcilié, ou mort de quelque complot de palais (…) ; et dites-moi , si pour une grande armée de Français, et d’auxiliaires partis de Tiflis , il n’y a pas accès possible jusqu’au Gange, qu’il suffit de toucher d’une épée française, pour faire tomber dans toute l’Inde cet échafaudage de grandeur mercantile. Ce serait l’expédition gigantesque, j’en conviens, mais exécutable au XIX° siècle. Par là, du même coup, la France aurait conquis l’indépendance de l’Occident, et la liberté des mers ».
Villemain précise que « L’entretien dont se conservent ici mes principaux traits, bien effacés sans doute, avait lieu dans les premiers jours de mars 1812. Je ne sais pas exactement ce qu’il dura… " .
Dans ce même chapitre l’Empereur reconnaît avoir offert Constantinople à l'Empereur Alexandre : "J’ai voulu amicalement refouler Alexandre vers l’Asie ; je lui ai offert Constantinople, cela est vrai ".
La conversation de Napoléon avec le comte de Narbonne sur le génie de Corneille et sur la tragédie française ou sur Pierre le Grand, au milieu des ruines encore fumantes du Kremlin, rend le chapitre 4 ( Moscou ) surréaliste et saisissant. ce fut un "tumulte d’idées " écrit Villemain " Moi j’aime surtout la tragédie, haute, sublime, comme l’a faite Corneille.[…] Je sais gré à la tragédie de grandir ainsi quelques hommes, ou plutôt de les rendre à leur vraie stature d’êtres supérieurs dans un corps mortel. »
Et puis il y a sa vision de Pierre le grand « cet homme de granit, comme les assises du Kremlin, qui a fondé la civilisation en Russie et l’escendant russe en Europe, et qui me force, un siècle après sa mort, à cette terrible expédition. Je ne puis revenir de mon admiration, […]. Qu’il serait beau de voir sur la scène ce jeune Prince … ce (Pierre le grand qui) " s’est fait volontairement lieutenant d’artillerie, comme moi je l’ai été. […] Il s’est fait ce que la destinée m’a fait : voilà ce qui le met hors de ligne, parmi les Monarques de race ! Cependant quels échecs à cette fortune et à ce génie ! ( qu’il se soit laissé ) investir, affamé et presque prendre ( sur les bords du Pruth " par une armée turque " ) ? Ce sont là de ces éclipses inexplicables dans les plus grands hommes. C’est César mal engagé et assiégé dans Alexandrie par de misérables Egyptiens. Mais César prend sa revanche ; et l’homme de génie se retrouve toujours, après une faute, comme après un malheur " ….Ne serait-ce pas de lui-même que l’Empereur parle ainsi ?

Napoléon et l’écriture ( Sainte-Beuve)

« Napoléon ( …) est simple et nu ; son style militaire offre un digne pendant aux styles les plus parfaits de l’antiquité en ce genre, à Xénophon et à César. Mais, chez ces deux capitaines, la ligne de récit est plus fine, ou plus légère, plus élégante. Napoléon est plus brusque ; il a reçu une éducation moins attique, et il sait plus d’algèbre que ces illustres anciens. Sa brièveté a un cachet de positif. En général, la volonté se marque dans son style. Pascal rappelle, par son accent despotique, le caractère des dictées et des lettres de Napoléon. Il y avait de la géométrie chez l’un comme chez l’autre. »

Baudelaire n’aime pas Villemain !
" VILLEMAIN HISTORIEN
Narbonne, Chateaubriand, prétextes pour raconter l’histoire du temps, c’est-à-dire pour satisfaire ses rancunes. Petite méthode, en somme ; méthode d’impuissant cherchant une originalité.
Les discours à la Tite-Live. Napoléon au Kremlin devient aussi bavard et prétentieux que Villemain.
Villemain se console de ne pas avoir fait de tragédies. Habitudes de tragédies. Discours interminables à la place d’une conversation. Dialogues en tirades, et puis toujours des confidents. Lui-même confident de Decazes et de Narbonne, comme Narbonne de Napoléon. Souvenirs contemporains . Les cents- jours ; Monsieur de Narbonne : Villemain a une manie vile : c’est de s’appliquer à faire voir qu’il a connu des gens importants.
(Voir la fameuse anecdote de trente pages sur la terrasse de Saint-Germain. L’anecdote du général Foy à la Sorbonne et chez Villemain. Bonnes phrases à extraire. Villemain lui montre ses versions.)
Esprit d’employé et de bureaucrate, morale de domestique.
Villemain obscur, pourquoi ? Parce qu’il ne pense pas.
Style de fonctionnaire, formule de préfet, amphigouri de maire, rondeur de maître de pension."

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