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Messagede la remonte » Mar 29 Novembre 2016 : 18:40

Au travers des courriers de conscrits du premier empire qu'il nous est donné de lire , il frappant de constater le peu de sentimentalité et d'affection :idea: c'est toujours très respectueux dans la forme et intéressé dans les demandes :)
S'est on jamais penché sur les rapports sentimentaux entre parents et enfants de cette époque ?
tout le monde se souvient de Martin Guerre , ce pauvre type qui revient chez lui et que tout le monde a oublié :idea:
La fécondité chute brutalement en France à partir de 1790 , avant on compte en moyenne 5 enfants par couple . cette baisse n'a rien à voir avec le changement politique mais de la diffusion de la contraception dans le mariage .

Nos soldats sont conçus donc majoritairement à une époque où les grossesses sont subies et plutôt affligeantes , peut on penser que les rapports affectueux en étaient différents entre les parents et leurs enfants ?

Que sans être indifférents à leur progéniture mâle , les parents étaient relativement détachés soit à cause de la mortalité rampante soit à cause de cet autre fléaux naturel qu'était la guerre ? :idea: :idea:
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Messagede Mousquetaire » Mar 29 Novembre 2016 : 19:56

C'est en partie le thème du livre de Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime dont la première édition est parue en 1961. Philippe Ariès se concentre toutefois essentiellement sur les rapports parents/enfants dans l'enfance proprement dite et les débuts de l'adolescence, mais pas sur les rapports parents/enfants à l'âge adulte. La thèse qu'il développe est que le sentiment de l'enfance est quelque chose de récent. Selon lui, encore au 16e siècle, l'enfant était perçu comme un adulte en réduction et ce n'est qu'entre cette période et le 18e siècle que serait né le sentiment de l'enfance.
La forte mortalité infantile (moins de la moitié des enfants atteignent l'âge adulte) fait partie des éléments qu'il met en avant pour expliquer une relative indifférence des parents à l'égard de leurs enfants, cette indifférence étant un système de défense pour ne pas trop souffrir de la mort inévitable d'une partie importante de sa progéniture. En principe, cependant, les sentiments de l'enfance qui animaient les parents du début du 19e siècle devraient être plus proches des nôtres que de ceux du Moyen Âge, puisque ce serait pendant la période étudiée par Philippe Ariès, donc la période antérieure, que ceux-ci auraient connu une profonde évolution.
Le livre de Philippe Ariès a suscité beaucoup d'études ultérieures pour confirmer ou nuancer sa thèse. L'ethnologue Françoise Loux, notamment, a fait remarquer que certaines interprétations pouvaient être faussées par le fait que l'on comprenait de manière erronée certains comportements. Ainsi le fait de ne pas laver les enfants qui pouvait passer pour de l'indifférence pouvait au contraire être interprété comme une volonté de protection des enfants et donc une marque d'amour.
Il est cependant assez difficile de faire une histoire des sentiments à partir des sources que l'on conserve. Les lettres des conscrits auxquelles vous faites référence ne donnent pas forcément un fidèle reflet des sentiments à l'égard des parents. Il ne s'agit en effet pas de lettres d'amour, mais de lettres où les conscrits donnent des nouvelles à leur famille, la place accordée à l'expression des sentiments y est donc nécessairement réduite. A cela peut s'ajouter une certaine pudeur à exprimer ses sentiments, mais aussi le fait que certaines lettres n'étaient pas rédigées directement par les conscrits.

On peut trouver l'expression de certains sentiments à l'égard d'enfants adultes dans une source de l'Ancien Régime un peu inattendue : les demandes d'enfermement. Dans certaines suppliques que les parents envoient pour obtenir l'autorisation de faire enfermer leurs enfants, il arrive en effet et cela de manière moins rare qu'on ne pourrait le penser que les parents exposent les sentiments d'affection qu'ils ont pour leurs enfants et la douleur qu'ils éprouvent à demander leur enfermement pour mettre un terme à un comportement qui ne peut que leur nuire. La sincérité de telles déclarations peut évidemment poser question, mais même si elle est peut-être fabriquée dans certains cas, le fait que les parents jugent utile de l'exposer montrent qu'à l'époque, on estimait normal d'éprouver de l'amour pour ses enfants et que si on les faisait enfermer, on ne pouvait pas se contenter de dire que c'était en vertu du droit que donne la seule autorité parentale. Dans ces archives, on trouve également mention de parents qui tardent à faire enfermer leurs enfants ou qui carrément mettent des obstacles à leur enfermement par un excès de tendresse que déplorent à diverses reprises les témoins.

Concernant la transition démographique, c'est-à-dire la diminution des taux de natalité, elle est en France antérieure à 1790. On l'observe chez les ducs et pairs dès le début du 18e siècle, mais aussi dans des paroisses rurales dès le milieu du 18e. Ce phénomène n'est observé qu'en France et reste en partie inexpliqué.
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Messagede la remonte » Mer 30 Novembre 2016 : 00:15

Une explication face à la mort :idea:
Plus de 20 ans de guerres ininterrompues sans réactions des mères , me laisse croire à une relative indifférence :idea:
Napoleon lui même puise dans ce vivier à coups de senatus consuls sans trop d'états d'âmes, on lui prête ce mot terrible au soir d'Eylau qu'une nuit de Paris aura effacé tout ça ?meme si c'est faux , l'esprit est là , on est dans l'idée qu'on peut consommer 30 000 hommes tous les ans sans trop déranger la société .
Plus tard , l'enfant désiré sera plus rare et donc plus précieux .
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Messagede Christophe » Mer 30 Novembre 2016 : 00:40

Cette lettre a été rédigée par François Bondu, soldat à la 1ère compagnie du train du génie du 1er corps, attachée au parc du génie du 1er corps, à sa mère, à Morvan [Montevrault], Maine-et-Loire. L’auteur est né en 1782, à Saint-Pierre-Montlimard (Maine-et-Loire). Il entre en 1807 dans le train du génie. Bondu sera fait prisonnier le 22 novembre 1812.
---------

Moscou, le 28 septembre 1812.

"Ma chère mère, ma situation passée et celle actuelle ne m’a jamais permis de pouvoir vous donner de mes nouvelles. La première, j’étais attaqué d’une fluxion de poitrine qui m’a duré très longtemps, et l’autre fut un accident malheureux qui par blessure me ravit la santé. J’ai dans cette campagne été à la bataille du 7 de ce mois [celle de La Moskowa, le 7 septembre 1812], poursuivi de 5 cosaques qui la première fois me criblèrent de coups de lance et de balles, ne m’ont cependant donné que trois blessures, non dangereuses malgré le sang qui m’inondait. J’eus l’audace de les courir à grands coups de sabre et je réussis. La bravoure d’un soldat comme moi ne sert que le cœur d’un vrai français dévoué, comme pour la patrie doit valoir l’Empereur même.

Je finis en vous embrassant.

Votre fils,

François BONDU. "
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Un autre exemple...

Messagede Christophe » Mer 30 Novembre 2016 : 00:41

Jean-Marie-François Paris est né le 11 avril 1785. En 1806 il entre comme soldat au 12ème de ligne. Il est nommé sous-lieutenant le 20 août 1812, puis lieutenant l’année suivante. Cet officier sera tué à Kulm le 30 août 1813.

Suscription : Paris, sous-lieutenant au 12ème régiment de ligne, 3ème division, 1er corps, à sa mère, Mme veuve Paris, rue Michel-le-Comte, n°38, à Paris.
-----------------------

"Moscou, le 18 septembre 1812.

Ma chère mère, je vous écris ces lignes pour m’informer de votre état. Je suis parti du cantonnement d’où je vous ai écrit la dernière fois, pour nous mettre en campagne contre la Russie, mais comme cela s’est opéré avec tant de rapidité je n’ai pas trouvé un moment pour vous écrire et d’ailleurs le manque de poste m’en aura empêché, car nous avons marché nuit et jour malgré que [sic] nous avions l’ennemi à combattre. Nous avons fait un très long chemin en fort peu de temps. Enfin, nous sommes à Moscou depuis le 14. Le régiment s’est battu cinq fois et il a reçu des félicitations de S.M. l’Empereur, ainsi que du roi Murat. L’Empereur [qui] a passé la revue du régiment le 20 août, a donné pour récompense trente et une croix d’honneur et a fait beaucoup d’officiers. Comme j’étais blessé le 17 août à la prise de Smolensk, je n’ai pas été présent à cette revue, cependant ma blessure était légère et j’espérais avant quinze jours rejoindre le régiment. En effet, je me suis procuré un cheval et je me mis en route avant d’être guéri, car les vivres étaient courts et je pouvais être bien mieux au régiment. Je me mis donc en route. Après avoir fait deux lieues, je rencontre un officier qui venait aussi de la ville et qui me dit qu’une heure après que je sois parti, l’Empereur avait fait donner aux adjudants et aux officiers blessés chacun dix napoléon. Cela me fit beaucoup de peine d’être parti si tôt et point guéri et aussi de faire une pareille perte. J’arrive au régiment, mais quelle fut ma satisfaction d’apprendre qu’à la revue de S.M. l’Empereur j’avais été nommé sous-lieutenant. Quel plaisir pour moi ! Au moins maintenant je pourrais vous soulager dans tout ce qui sera en mon pouvoir. Sitôt que je serai payé de tout ce qui me revient, je vous ferai passer quelques chose, mais pour le moment il ne m’est pas possible, car voilà cinq mois que nous n’avons pas été payés. Cependant on espère que sous peu on sera acquitté de tout.

Adieu ma chère mère.

Votre fils,

PARIS "
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Messagede Maria Kel » Mer 30 Novembre 2016 : 01:12

Merci pour ses lettres émouvantes :salut:
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Messagede Mousquetaire » Mer 30 Novembre 2016 : 11:09

Comme je l'avais indiqué dans ma réponse précédente, les lettres des soldats à leurs parents fournissent peu d'indications sur leurs sentiments filiaux. Les deux lettres que nous donne à lire Christophe en sont une claire illustration. A part des formules comme "Ma chère mère" ou "Je finis en vous embrassant", dont il est bien difficile de dire si elles traduisent des sentiments profonds ou si elles sont simplement conventionnelles, le reste des lettres est purement informatif. François Bondu et Jean-Marie-François Paris se limitent à énoncer des faits et à donner des nouvelles de leur santé, sans véritablement exprimer leur ressenti, à part peut-être quand J.M.F. Paris exprime le plaisir qu'il a éprouvé à l'annonce de sa nomination comme sous-lieutenant.
Lors de la Première Guerre mondiale, l'armée française avait mis sur pied un service qui ouvrait la correspondance des soldats pour officiellement sans doute éviter que ces lettres ne trahissent des secrets militaires, mais qui, dans les faits, procédait à une véritable censure notamment à l'égard des courriers dont le contenu aurait pu avoir un effet démoralisateur. J'ignore si une "censure" comparable existait dans les armées de Napoléon, mais ce n'est pas exclu et la simple crainte qu'on puisse ouvrir leurs lettres a peut-être retenu un grand nombre de soldats d'exprimer des sentiments de lassitude, de découragement ou de peur et les a peut-être également poussés à accentuer l'expression de sentiments patriotiques.
la remonte a écrit:Plus de 20 ans de guerres ininterrompues sans réactions des mères , me laisse croire à une relative indifférence :idea:

A quelle réaction pensez-vous ? Une protestation collective des mères contre la guerre ? Une pétition ? Ces modes d'action n'existaient pas à l'époque. Quant aux réactions des mères à l'annonce de la mort de leur(s) fils, la majorité nous resteront définitivement inconnues étant donné qu'elles n'ont pas laissé de traces. Le soulèvement de Vendée est l'une des manifestations les plus éclatantes de la réaction de la population face à la conscription. L'aide que les familles ont pu apporter aux déserteurs est également un indice que l'appel sous les drapeaux ne laissait pas indifférent. Mais faut-il en conclure que ces parents qui ont soutenu leurs enfants dans leur refus de servir à l'armée les aimaient plus que ceux qui les ont laissés partir sans se révolter ? A mon avis, non.
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Messagede la remonte » Mer 30 Novembre 2016 : 11:34

donc pas de conclusions hâtives comme je l'ai fait entre " surpopulation " relative et détachement résigné vis à vis de ces enfants perdus qu'étaient les conscrits :idea:
pour ce qui est de la date de 1790 , celle ci est arrêtée pour la France ( un siècle avant les autres grandes nations ) par l'INED . Le contrôle des naissances qui était l'apanage des classes aisées se répand à l'ensemble de la population .
les deux lettres de Christophe sont superbes ( Moscou :!: ) par contre très souvent ce sont des courriers beaucoup moins riches ( dictés et non écrits ? ) où l'on réclame de l'aide financière . :salut:
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Messagede Mousquetaire » Mer 30 Novembre 2016 : 12:18

la remonte a écrit:pour ce qui est de la date de 1790 , celle ci est arrêtée pour la France ( un siècle avant les autres grandes nations ) par l'INED . Le contrôle des naissances qui était l'apanage des classes aisées se répand à l'ensemble de la population .

Diverses études démographiques menées sur base des registres paroissiaux ont mis en lumière que la baisse des taux de natalité était antérieure à 1790. On parle plutôt de 1750. Mais ce n'est pas le genre de phénomène pour lequel on peut donner une date précise à la différence d'une bataille.
On peut notamment trouver des informations sur ce sujet dans l'ouvrage de synthèse relativement récent de Scarlett Beauvalet, La population française à l’époque moderne. Démographie et comportements, Paris, 2008.
Les démographes expliquent ce phénomène par le recours à la contraception et notamment le coït interrompu. Toutefois, à part ce constat d'une baisse de la natalité, ils ne disposent pas de témoignages qui confirmeraient une évolution dans les pratiques contraceptives et ils restent bien incapables de fournir une explication au fait que ce phénomène se manifeste en France bien avant les autres pays, le phénomène n'étant pas contrairement à ce que laisserait penser la date de 1790 directement lié à la Révolution.
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Messagede la remonte » Mer 30 Novembre 2016 : 15:25

de toute façon , tirer le mauvais numéro c'est l'assurance de ne pas revenir ou en si piteux état que les familles font leur deuil aussitôt :idea:
la Louison de Jean Roch Coignet n'attendra pas son retour :(
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Messagede le sabreur » Mer 30 Novembre 2016 : 22:01

Lisez des lettres de soldats de la Première Guerre mondiale, les formules ne sont guère différentes et toujours très convenues: pour les parents et la famille on envoie ses "meilleurs amitiés" ou on "embrasse bien fort", pour les amis on serre une "cordiale poignée de main".
Les tournures convenues ne doivent pas être vue comme un miroir du trop plein ou du manque d'affection.
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Encore quelques lettres...

Messagede Christophe » Mer 30 Novembre 2016 : 22:31

Correspondance du sous-lieutenant Augustin MADELIN.

Les jeunes soldats et officiers de la Grande-Armée ne font-ils pas preuve d’une certaine pudeur dans la correspondance adressée à leurs proches ?

Avec les lettres du sous-lieutenant Madelin, on a l’exemple même de cette correspondance intime et familiale qui pouvait être échangée entre un soldat et sa famille. Le jeune officier expédié au bout de l’Europe, ne manque pas un seul jour sans écrire à ses proches, n’oubliant jamais de saluer les parents, les amis, ceux qui sont restés tout là-bas dans sa Meurthe natale. On retrouve dans ses lettres les questions récurrentes du ravitaillement quotidien, des problèmes d’argent, de la tenue qu’il faut sans cesse entretenir et faire repriser, de l’avancement possible, probable ou qu’il faut oublier. Autant de thèmes que contient le tableau de l’officier en campagne, brossé avec simplicité et réalisme par Augustin Madelin.

-------------
Romain-Augustin Madelin, fils légitime de J.-B. Madelin, négociant à Toul, et de Rose Prat, son épouse, de la paroisse Saint-Jean du Cloître, est né dans cette même ville le 21 mai 1794. Il suivit les cours de mathématiques élémentaires au collège de Pont-à-Mousson, du 1er novembre 1811 au 11 avril 1812. Sorti de l’École militaire au début de 1813, il est incorporé comme sous-lieutenant au 149ème de ligne en formation. Le 30 mars, il est accueilli au camp de Gross-Awersleben par le chirurgien Eve, qui écrit à sa mère : « Sa timidité lui sied bien, car je sais qu’il a été questionné sur ses manœuvres, et que son colonel en a été content. » Le 23 août 1813, il est blessé mortellement d’une balle au front, à l’attaque d’une redoute au combat de Goldberg. La cantinière le transporte dans une chambre haute, le place sur un matelas, lui donne un cordial, fait un premier pansement…Voici, pieusement conservées par M. Madelin, ancien magistrat, les lettres du petit sous-lieutenant, tué dans la campagne d’Allemagne, en 1813. N’est-il pas émouvant de les publier, sans y changer une syllabe aujourd’hui qu’elles sont centenaires ?

Charles-Léon BERNARDIN.
--------------
Au camp devant Torgau, 12 mai 1813.

Après 15 jours de marche forcée je trouve enfin un instant pour vous écrire mes chers parents ; Je commencerai par vous donner des nouvelles de ma santé qui continue toujours à être très bonne malgré les fatigues que nous endurons, et la faim que nous souffrons les trois quarts du temps. Outre que les vivres manquent par la négligence des employés, les officiers n’étant pas payés ne peuvent souvent pas se trouver le nécessaire, les soldats maraudent et s’en tirent. Heureusement que dans ma compagnie ‘ai quelques bon enfants qui partagent avec moi ce qu’ils ont. Depuis votre lettre du 9 avril je n’en ai point reçu de vous. M. Eve en avait reçu une de maman pour moi, il l’avait mise à la poste et je ne l’ai pas encore reçue. Le bon M. Eve qui vient d’être nommé, comme vous savez, chirurgien en chef de toute l’armée de l’Elbe, c’est-à-dire de dix corps d’armée a bien voulu se donner la peine de courir après moi pour me voir et s’informer comment je me portais. Les journaux vous ont sans doute appris la grande victoire de 2 mai. On évalue leur perte à trente mille hommes ; il y a avait quelqu’un qui avait passé sur le champ de bataille, 10 Russes ou Prussiens pour un Français. Notre division a eu le malheur de ne pas tirer un coup de fusil. En seconde ligne, spectateur de la bataille, nos soldats se désolaient de ne pas pouvoir approcher l’ennemi. Depuis ce jour jusqu’aujourd’hui on a fait que les poursuivre. Notre corps d’armée après en avoir purgé la Saxe vient de passer l’Elbe, notre division la passé à Torgau et est allé camper à un lieu de l’autre côté de la ville. Je vois bien qu’il faut de suite finir ma lettre car nous pouvons bien partit tout à l’heure. Écrivez-moi souvent mes chers parents et soyez persuadés de l’éternel attachement de votre dévoué et respectueux fils.

Signé : A. MADELIN, sous-lieutenant.

Mes respects à tous mes parents et mes amis. J’embrasse bien cordialement mes bons frères. Bonjour à Marie, à sœur Marthe et à Catherine.
----------
Au camp de… le 25 mai 1813

Je ne sais pas si vous recevez mes lettres, mes chers parents, pour moi depuis 6 semaines je n’ai reçu aucune lettre de vous. Je crois que chaque fois que je vous écrirai je vous annoncerai des victoires ; les Russes et les Prussiens avaient le 21 les plus belles positions, elles leur furent toutes enlevées aux cris de « Vive l’Empereur ! » et sans perdre beaucoup de monde, et le soir toute leur armée était en déroute. Depuis le 21 nous les poursuivons. Pour moi je jouis toujours d’une excellente santé et je supporte très bien les fatigues de la guerre ; me voilà j’espère, habitué à coucher au bivouac, quelquefois avec de la paille, souvent sans paille ; depuis 6 semaines je n’ai pas couché dans un lit ni même dans ne chambre, et bien maintenant j’aime autant la paille et l’air du temps qu’un bel appartement et un bon lit. Je vais finir ma lettre aujourd’hui et si je trouve l’occasion de l’envoyer, je l’enverrai ; si je ne la trouve pas je vous marquerai ce qu’il arrivera le nouveau. Je vous embrasse donc mes chers parents ainsi que mes bons frères. Votre dévoué et respectueux fils.

Signé : MADELIN du 1er juin 1813.

Depuis 6 jours que ma lettre est écrite je n’ai pas encore pu trouver l’occasion de vous l’envoyer. Je l’ouvre pour vous dire que ces jours-ci j’ai vu le général Barrois qui m’a fait beaucoup d’accueil. Aujourd’hui, il m’a envoyé » chercher et m’a demandé si j’espérais avoir de l’avancement dans mon corps. Je lui dis qu’il avait été question de me faire passer adjudant-major mais que maintenant in en parlait plus. Alors il me dit qu’il avait fait la demande pour me faire passer dans la Garde de sa division et si cela me faisait plaisir ; je répondis que oui et après nous êtes consultés, il fut décidé que si je passais adjudant-major avant que l’admission dans la Garde arrive je le refuserais lorsqu’elle viendrait, que si j’étais encore sous-lieutenant je l’accepterai si toutefois vous y consentez. Il m’a ensuite offert de l’argent comme on ne nous paye pas nos appointements et que le Gouvernement me doit 600 francs j’ai pris 100 francs, comptant vous les rendre lorsqu’on nous paiera. Le général me dit qu’il désirait que vous fassiez un cadeau de ces 100 francs à la supérieure de Saint-Nicolas. Veuillez bien lui en acheter un à peu près de ce prix-là. Je veux encore avoir le plaisir de vous embrasser ainsi que mes frères et vous assurer de l’éternel attachement de notre dévoué et respectueux fils.

Signé : MADELIN.
----------
Nous sommes à 2 lieues de Breslau. Du 3 juin 1813.

Nous voilà enfin à Breslau c’est-à-dire campé devant ? Notre 1ère division l’occupe ; nous nous reposons, car vous savez sans doute qu’il y a une trêve qui, dit-on, doit précéder la paix, in en parle ; je viens pour ainsi dire de me rhabiller à neuf ; mon pantalon était tout en loques, je n’avais plus de bas, plus qu’une paire de bottes toute dessemelée, plus de cannessons [sic], plus de mouchoirs de poche, encore deux cravates ; j’ai bien encore mes 6 chemises, mais j’en ai trois prêtée, il ne m’en reste plus que trois bien déchirées, car c’est mon soldat qui me les lave…

Signé:MADELIN.
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Au camp devant Hanau, le 18 juin 1813.

Je reçois trois lettres de vous presque en même temps mes chers parents : l’une en date du 29 avril que M. Eve me fait passer, l’autre du 9 mai et la dernière du 27 mai; aussi, ai-je été près de 6 semaines sans en recevoir. Vous ne devez donc pas être étonnés si vous avez été si longtemps sans en recevoir des miennes ; je suis bien sûr que comme moi vous en recevrez deux ou trois à la fois car maintenant messieurs les cosaques n’arrêtent plus les courriers. Nous étions à Breslau qu’il y en avait encore trente ou quarante lieux en arrière. Nous voilà baraqués devant Hanau en attendant la continuation de la guerre ou la paix. Je n’oublie pas mon cher papa que votre fête tombe le 24 juin, je ne peux encore cette année que faire des vœux pour vous sans avoir le bonheur de vous les adresser moi-même. J’espère avoir ce plaisir-là une année, cependant je pense bien que, éloigné ou près de vous, vous n’êtes pas mois persuadé de la sincérité des vœux que je fais pour votre bonheur.

Ma santé continue à être excellente, j’ai eu quelquefois la diarrhée, quelque temps la dysenterie, mais maintenant tous est passé, sinon encore un peu fatigué ; mais voici du repos qui nous arrive, les vires en viande, en vin et en pain bien mauvais à la vérité, ne nous manquent pas maintenant.
Si mon oncle Lemouse eut été garde-malade dans notre division, j’espère bien que moi, ni mes amis, n’en aurions jamais manqué et que maintenant au lieu d’acheter du pain blanc pour faire en notre soupe, il nous ne donnerait et pour cela et pour manger. Il fait bon être dans les bonnes grâces de ces messieurs. Je suis bien sûr que jamais ils n’ont jeuné deux heures de suite.
Il vient d’arriver au régiment un major qui sort du 139ème où il était chef de bataillon. M. Paul qui par suite de sa blessure ne doit pas tarder à retourner à Toul, le connaît. Je désirerais bien que vous puissiez obtenir de lui une lettre de recommandation pour notre major, si cependant vous le jugez à propos. Maintenant avec mes trois chemises, je pourrai en changer tous les trois ou quatre jours et par conséquent quitter les poux dont j’ai été garni jusqu’à présent. Heureusement que j’ai évité la gale, il y en seulement 644 dans le régiment qui l’ont ; c’est dans notre bataillon qu’il y en a le moins, encore il y en eut 128. On les traite maintenant dans une grande ferme à une demi-lieue du camp. Il y a des compagnies où il ne reste plus que dix ou douze hommes ; j’en ai encore 25 dans ma compagnie.

M. Serclet qui me dit dernièrement avoir reçu une lettre de M. Colomb m’a dit qu’il venait de vous écrire et m’apporte sa lettre pour la mettre dans la mienne. C’est un homme bien respectable. M. le général Barrois auquel j’en ai parlé comme sortant du même régiment paraît y prendre beaucoup d’intérêt.

M. Marchand est maintenant assez éloigné de nous comme ordonnateur en chef du quartier-général de notre corps d’armée ; il est avec le général Lauriston et je ne sais pas précisément où. Quant à l’argent je lui en demanderais bien que vous feriez passer à ses parants à Toul mais je ne voudrais que vous l’emprunter et vous le ferai repasser lorsque je toucherai mes 300 francs d’indemnités de campagne. On me doit en outre quatre mois de solde, ce qui fait encore 320 francs ; on m’en devrait bien cinq mais l’officier-payeur n’entend pas raison et dit que d’après l’instruction de son inspecteur ma solde ne compte que du lendemain de mon arrivée au corps. Ah que je serais content si par hasard vous trouviez l’occasion de faire revenir mon porte-manteau du petit dépôt qui est à Wenden ! Mais je crois bien que cela est impossible : je crains qu’il y ait déjà de grands poils sur mes habits. Mon grand uniforme y est [ainsi que] mon charivari et ma redingote ; si cela est soigné je n’aurais besoin en rentrant en France que d’un frac, un gilet et un pantalon, mais pour ainsi dire [de] tout mon linge.

Adieu mes chers parents, je vous écrirai maintenant plus souvent puisque j’en aurai le temps. Comment pourrai-je oublier de si bons parents ainsi que les bons principes qu’ils m’ont inspirés ? Soyez bien persuadés que jamais je ne les oublierai, et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. Témoignez à toutes les personnes qui veulent bien penser à moi, combien j’y suis sensible.

J’embrasse bien tendrement mes frères ; bonjour à Marie, à Catherine et à sœur Marthe.

Signé : A. MADELIN.
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Monsieur Madelin, Négociant à Toul (Meurthe). Boersdorff, le 26 juillet 1813.

Je croyais, mes chers parents, vous annoncer notre départ pour Hambourg, on prétendait que notre corps d’armée allait se diriger sur ce point. Nous devions partir le 20 ; voici le 20 passé, nous sommes encore ici. Il paraît que c’était un faux bruit car on fait presque autant de gazettes à l’armée qu’en France. Je continue à être très bien chez mes hôtes. On est aux petites attentions pour moi. Mme Spielberg, femme du maître d’école a entrepris de me raccommoder mes effets. Elle est depuis le matin jusqu’au soir à l’ouvrage ; elle me garnit maintenant des bas que j’ai acheté et mes deux cannessons [sic] sont remis en état de refaire campagne. Je viens encore de faire un pantalon gris, c’est mon troisième. Comme on dit qu’on va nous donner du drap (avec notre argent) je ferai faire un frac bleu depuis que nous sommes partis de… le mien n’a pas quitté mon corps et se ressent fortement de bivouaquer. Vous n’avez donc pas compris ou je me suis mal exprimé, mon cher papa quand je vous rapportai ce que m’avait proposé le général Barrois ; ce n’est pas moi du tout qui lui ai demandé à entrer dans la Garde, au contraire c’est lui qui m’a dit si je serais bien aise d’y entrer. Vous sentez bien que cette question était embarrassante, je lui répondis cependant que si il jugeait que cela était utile à mon avancement j’aurais beaucoup de plaisir à servir sous ses ordres ; il me dit ensuite qu’il en avait fait faire la demande. Ce fut alors que mon embarras augmenta. Je lui fis aussitôt part des bontés que Monsieur le Colonel avait pour moi : je lui dis même que dans le temps il avait été question de me faire passer adjudant-major, mais qu’étant venu des officiers d’un autre régiment, cela n’avait pas réussi. Ce fut alors qu’il me dit que si je venais à être nommé lieutenant, je n’aurais qu’à refuser lorsque l’admission arriverait. Elle ne l’est pas encore, alors je lui ai dit que je vous consulterais.

Un cadre de notre régiment retourne en France au Hâvre où est notre dépôt. Retournent aussi les officiers que la campagne a mis hors d’état de continuer le service, il en part demain ; dans deux ou trois jours les autres partiront. M.Serclet est des derniers. Rien de nouveau. Il paraît seulement que l’armistice est prolongé. Adieu mes chers parents. Donnez-moi de vos nouvelles et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. J’embrasse mes frères. Mes respects à tous nos parents et amis.

Signé : MADELIN
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Boersdorff, 27 juillet 1813.

J’ai eu bien du bonheur, mes chers parents, d’avoir été détaché à la garde du parc, la maladie régna dans notre camp. Il entre tous les jours au moins 50 soldats à l’hôpital. Plusieurs de nos officiers sont malades, nous avons déjà eu le malheur d’en perdre un, ou atteints de cette maladie du mauvais pain qu’on donne, encore maintenant n’en donne-t-on que demi-ration ; dans le village où nous sommes, toute notre compagnie mange de très bon pain et est très bien nourrie. Aussi n’en avons-nous que trois ou quatre de malades. M. Serclet attend de jour en jour son ordre de départ. M. Fromentin, le lieutenant de ma compagnie qui vient de nous rejoindre part aussi. J’ai reçu ces jours-cy une lettre de M. Eve ; j’ai eu en outre des nouvelles par un soldat blessé de ma compagnie qui était dans des hôpitaux de Dresde. Il m’a raconté que M. Eve y avait un très grand soin des malades en général, grondant tous les jours les directeurs et employés qui négligeaient les blessés. Je l’ai vu, m’a-t’il-dit, faire plusieurs charités, donner de l’argent aux pauvres blessés. On nous a payé deux mois ; le jeune Lapiere se trouvait sans argent étant sur le point de passer maréchal des logis. Il m’en a demandé ; je lui ai donné 50 francs que vous remettront ses. Je vous prie de les faire passer à Mme Eve ; profitant de votre permission je demande 100 francs à M. Eve, par conséquent je ferai passer plus tard à Mme Eve les 50 autres francs et 5 fr.30 que M. Eve a déboursés pour frais de poste. Je sais que je vous dois encore les 100 francs que le général Barrois m’a donnés. Je vous les rendrai dans un autre moment lorsqu’on me paiera mon indemnité ‘entrée en campagne. Cela et trois mois qu’on me doit encore font 554 francs. Je viens d’acheter pour 70 francs d’effets de remplacement, un pantalon 24 francs ; j’ai fait faire 2 paires de souliers. J’ai racheté des bas et de la toile pour raccommoder ma paire de bottes car il paraît que nous allons trotter. On vient de donner à chaque soldat 3 paires de souliers. J’ai racheté des bas et de la toile pour raccommoder mes chemise et me faire un canneson [sic]. Je me suis fait faire une paire de guêtres. Je crois que M. Serclet passera à Wenden où est notre petit dépôt, alors il vous rapportera mon grand uniforme, mon charivari et ma redingote que vous voudrez bien faire réparer. Adieu mes chers parents, embrassez mes frères pour moi et croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. Bonjour à Marie, à Catherine et à sœur Marthe.
Signé : MADELIN

Mes respects à maman Madelin, au cousin et à la cousine Naquard, à mon oncle Marcelin, aux dames Eve et aux dames Desforges.
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Boersdorff, 13 août 1813

Nous sommes sur le point de partie mes chers parents ; la campagne recommence à ce qu’il paraît. En partant de Toul, je n’étais pas si bien portant que maintenant. Je vous réponds que ce mois de tranquillité que je viens de passer chez ces braves gens m’a fait du bien. Ce bon maître d’école et sa femme déjà m’étaient bien attachés. Depuis qu’ils savent que je dois partir, ils ne font que de pleurer ; ils viennent de mettre dans mon sac, une serviette et deux cravates. On dit que messieurs les russes toujours très fidèles à la foi des traités, viennent avant la fin de l’armistice de passer l’Oder et de s’établit à Breslau. C’est un « on-dit ». C’est par M. Serclet que je vous écris car il est sur son départ. Il y a au régiment un officier qui doit 50 francs à M. Serclet ; il ne pouvait lui donner maintenant. M. Serclet était très embarrassé de sorte que je me suis offert à toucher ici son argent. Vous voudrez bien lui remettre à Toul les 50 francs ? Dès que je l’aurai touché, je le ferai passer à M. Eve qui vous l’enverra. J’attends le coup de canon, signal de notre départ. Ma musette est là, prête à être mise sur mon dos. A la première halte, je vous écrirai. M. Serclet est pressé ; je ne veux pas le faire attendre. Adieu mes chers parents, je charge M. Serclet de vous embrasser ainsi que mes frères et tous mes parents.
Croyez au sincère attachement de votre dévoué et respectueux fils. Signé : MADELIN.
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Août 1813

Mon bon Jules,

Ta lettre m’a fait le plus grand plaisir, je vos que tu ne m’oublies pas. Je te réponds que pour moi, je pense souvent à toi et à Madelin [frère aîné du jeune officier]. Voici les vacances qui approchent, je te souhaite beaucoup de plaisir. J’espère bien pour moi si la campagne recommence aller les passer en Pologne. Je me plais toujours beaucoup dans mon régiment ; hier encore, je suis allé dîner chez notre colonel qui a beaucoup de bontés pour moi. Tu verras par ma lettre, que voilà près de trois semaines que je passe bien tranquillement. Je crains bien d’être relevé ces jours-cy. Mets de temps en temps de petits billets pour moi dans les lettres de mon papa ; cela me fera grand plaisir. Adieu mon cher et bon frère. Embrasse Madelin pour moi, dis-lui que j’attends sa réponse et crois au sincère attachement de ton dévoué frère et ami.
Signé : A. MADELIN.

Si tu vois Thierry Cadet et Victor Gérard, dis leur bien des choses de ma part. Lersberg, le 20 août 1813.

M. Serclet qui est encore resté quatre jours avec nous, vient de recevoir son ordre de départ. J’ai saisi un instant où nous sommes arrêtés pour vous écrire. Nous voilà rentrés en campagne, le canon ronfle à une lieue d’ici. C’est le 11ème corps qui donne ; notre compagnie est encore attachée au grand parc. J’espère que nous serons relevés ces jours-cy. Tenez, je n’avais pas fini ma phrase que j’entends dire que nous sommes relevés. M. Serclet vous dira dans quel piteux état est ma chaussure sans avoir de moyen de la remplacer, maintenant étant en route. Je viens de recevoir une lettre de mon frère datée de Nancy. Il paraît qu’il a encore été malade. Cela m’a fait bien de la peine. On part [lettre peut-être inachevée].

Signé : MADELIN. 22 août 1813. 40 francs. M. Serclet a payé pour moi une paire de bottes, une paire de souliers et un ressemelage de bottes. Je n’ai que le temps de vous embrasser. M. Serclet vous donnera des nouvelles de l’affaire d’hier. Votre respectueux et dévoué fils.

Signé : MADELIN Saint-Mihiel, le 20 novembre 1813.
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Monsieur,

Puisqu’enfin vous avez connaissance de la mort prématurée de votre cher et infortuné fils, d’après ce que cet officier a écrit à sa famille (ceci n’est pas très clair quoiqu’il y ait malheureusement du rapport avec ce que je sais depuis longtemps). J’ai cru devoir vous taire cette fatale nouvelle tant après un mouvement naturel de ma part, que d’après la recommandation de Mlle Chardon, qui m’a conseillé ainsi que mon parent Colomb que je devais attendre d’avoir d’autres nouvelles plus satisfaisantes ; et ce afin de vous en donner le détail douloureux qui est parvenu à ma connaissance le 30 ou le 31 août. Je me trouvais à environ 40 à 45 lieux de distance du régiment à Meissen sur l’Elbe, près de Dresde, lorsqu’une cantinière (la même qui me donna e l’eau-de-vie, le 21 août, pour envoyer à notre cher ami) cette femme nous rejoignait pour se rendre au dépôt ; en m’apercevant elle me dit : « Monsieur, j’ai une bien triste nouvelle à vous apprendre, notre aimable M. Madelin est blessé d’un coup de feu qui n’est pas mortel si il est bien soigné ; elle l’a porté elle-même à une chambre haute et l’a placé sur des matelas, lui a donné un peu de liqueur ; ensuite l’a recommandé à des chirurgiens car elle ne pouvait rester près de lui, à ce qu’elle m’a dit. Il était déjà pansé ; c’est le 23 août aux environs de Goldberg qu’il a reçu ce malheureux coup.
Je ne puis vous peindre, Monsieur, avec quelle douleur et quelle sensibilité, j’ai appris cette triste nouvelle. Combien il m’en a coûté pour dissimuler une gaieté qui loin de dissiper mes peines, les augmentait encore plus en considérant Madame !

Cette tendre et respectable maman ! Qui en diverses occasions me parut si contente hélas ! Je me persuadais que c’était par trop de bontés et de complaisances pour nous qu’elle était si gaie. Plusieurs fois, mon épouse m’a fait redoubler de soins pour ne point divulguer mon trop pénible secret, car il me semble que nous ne pouvions augmenter le malheur, mais plutôt disposer les tendres père et mère à supporter un deuil auquel ils devaient s’attendre d’un instant à l’autre.
Cependant, j’espère encore, car il est probable que le généreux et tendre M. Eve qui en parle dans sa lettre du 4 septembre l’a vue après qu’il eut connaissance de ce fatal accident. S’il dit que votre cher Auguste se porte bien c’est qu’il a des espérances. La dangereuse maladie de M. Eve a mis ce respectable ami dans l’impossibilité de soigner votre cher blessé, puis une autre infinité d’autres circonstances qui ont contrarié nos vœux. Je vous supplie mon cher Monsieur Madelin et Madame, la trop déplorable maman, de ne pas perdre espoir tout à fait. Je vous ai dit sincèrement la vérité ; j’espère encore moi-même, quoique partageant avec vous tout le poids d’un aussi pénible malheur. Mon épouse n’est pas moins affligée que moi, et elle partage bien sincèrement votre juste douleur. Étant dans la douce espérance que vous recevrez Monsieur, des nouvelles moins accablantes ; je vous prie de me les procurer le plus tôt qu’il vous sera possible. Vous obligerez infiniment celui qui a l’honneur d’être avec le respect et la sensibilité la plus parfaite,
Monsieur et Madame, votre très humble et très dévoué serviteur,
Signé : SERCLET, officier retiré.

P.S/ M. Gay et M. Colomb me chargent de vous dire qu’ils partagent bien sincèrement vos douleurs. J’attends des nouvelles du régiment si elles vous concernent comme je l’espère, je me ferais l’honneur de vous en faire part.
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Auguste Madelin est blessé mortellement lors du combat de Goldberg, le 23 août 1813. Il avait dix-neuf ans.

Ce témoignage fut publié en 1913 dans la « Revue des Études Napoléoniennes ».

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Messagede Bastet » Jeu 1 Décembre 2016 : 08:20

Pauvre Auguste Madelin! Mourir à 19 ans, mourir avant d'avoir vécu! Et dans quelles conditions! Et comme lui combien d'autres jeunes ?? :roll: :cry: Et dire que certains pensent que les guerres régénèrent les sociétés! Et prêtent à ces bains de sang les vertus d'une eau de jouvence :fou: " Toute destinée humaine et sociale n'est justifiée que si elle prépare la guerre" ( Ludendorff, 1937) :furieux: :cobra:
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Messagede Mousquetaire » Jeu 1 Décembre 2016 : 10:17

Bastet a écrit:Pauvre Auguste Madelin! Mourir à 19 ans, mourir avant d'avoir vécu! Et dans quelles conditions! Et comme lui combien d'autres jeunes ?? :roll: :cry: Et dire que certains pensent que les guerres régénèrent les sociétés! Et prêtent à ces bains de sang les vertus d'une eau de jouvence :fou: " Toute destinée humaine et sociale n'est justifiée que si elle prépare la guerre" ( Ludendorff, 1937) :furieux: :cobra:

Pour une fois, je suis 100 % d'accord avec vous. Est-ce bien normal ? :shock:
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire » (Citation de Voltaire forgée par Evelyn Beatrice Hall)
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Messagede Maria Kel » Jeu 1 Décembre 2016 : 11:34

Il y a toujours des terrains d'entente :lol:
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