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Janvier 1815. Témoignage de Vincent, sellier de l'Empereur.

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Modérateur: Christophe

Quelques chiffres...

Messagede Christophe » Ven 3 Mars 2017 : 00:27

Sur le nombre des troupes qui débarquèrent ce jour là, H. Houssaye apporte les chiffres suivants : « 607 grenadiers et chasseurs de la Vieille Garde ; 18 chevau-légers polonais ; 21 marins de la Garde ; 43 canonniers ; 400 chasseurs corses et environ 30 officiers sans troupe qui étaient venus à Porto-Ferrajo [Portoferraio] demander du service. Ce total de 1219 officiers et soldats est le chiffre de l’effectif, mais il faut en rabattre. On peut évaluer à une vingtaine les grenadiers et les Polonais qui avaient pris leur congé de novembre 1814 à février 1815. Il y avait des désertions chez les chasseurs corses, qui d’ailleurs n’avaient jamais été 406 hommes présents sous les armes. Enfin, il paraît qu’un certain nombre de canonniers étaient restés à Porto-Ferrajo [Portoferraio]. »

(Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…»...).
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Des bruits à Paris...

Messagede Christophe » Sam 11 Mars 2017 : 11:40

Voici un rapport qui vient compléter ceux de Beugnot. Il a été réalisé par le comte Anglès, chargé de la police du Royaume par Louis XVIII. Les bruits qui circulaient dans la capitale étaient fondés: le 1er mars, Napoléon avait débarqué à Golfe-Juan ; le 3, il parvint à Castellane, puis repart vers Barrême où il couchera.

Quelques mots sur le comte Jules ANGLÈS, (1778-1828). En 1799, il entre à l’École Polytechnique. En 1806, on le retrouve comme auditeur au Conseil d’État, puis intendant en Silésie, la même année. En 1809, il est en Autriche et devient maître des requêtes au Conseil d’État, chargé de l’arrondissement de la Police générale englobant les départements italiens. Au début de la première Restauration, Anglès est chargé par Louis XVIII de la police du Royaume par intérim, dépendant du comte Beugnot, ministre de l’Intérieur. En décembre 1814, Anglès prend définitivement la Direction de la Police du Royaume, par suite de la nomination de Beugnot comme ministre de la Marine.
-----------------------------

"3 mars 1815.- Il circulait aujourd’hui, parmi les militaires, sans qu’on précisât aucune date, que Bonaparte avait quitté l’île, qu’il s’étai d’abord embarqué dans son canot pour une promenade et qu’il avait été rejoindre, en mer, un bâtiment napolitain qui l’attendait.

Cette fable, démentie par les nouvelles de l’île d’Elbe [cette précision est étonnante], était peu crue ; mais elle causait aux soldats une joie qui montre bien peu d’amélioration dans l’esprit des troupes. Des lettres, en date du 9 février, de l’agent secret que j’ai dans l’île, ne portent autre chose sinon que Bonaparte n’y serait pas s’il devait en être retiré, malgré lui, où s’il essaierait d’en sortir, de lui-même.

Du reste, tout y était tranquille comme à l’ordinaire ; Bonaparte continuait ses courses à pied et à cheval et donnait quelques bals, comme pour se distraire, peut-être aussi pour tromper sur les craintes ou sur les projets qui l’occupent. Il était arrivé dans l’île une mauvaise chanson, venant de Paris, sans qu’on eût pu savoir par quel canal ; mais il en résultait, au moins, l’indice de communications établies.

La comtesse de Rohan (ou de Roanne) avait quitté l’île pour se rendre à Livourne, avec l’intention de venir de là à Marseille. Je charge les autorités locales de surveiller avec soin son arrivée dans cette ville et de l’y faire interroger en m’en rendant compte aussitôt. [André Pons de l’Hérault, dans ses « Souvenirs » sur l’île d’Elbe (voir mon édition, publiée par les Éditeurs Libres, 2005, pp.229-232), évoque cette comtesse de Rohan-Mignac, extravagante, sans aucune bonne manière et ayant un penchant certain pour la bouteille... Elle fit un bref séjour et personne ne regretta son départ]"

(Georges Firmin-Didot, « Royauté ou Empire. La France en 1814. D’après les rapports inédits du comte Anglès », Maison Didot, Firmin-Didot, s.d.)
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Messagede Bastet » Sam 11 Mars 2017 : 12:44

" Le 3 mars 1815 Napoléon, qui a débarqué au Golfe Juan le 1er mars, arrive avec sa petite armée dans le bourg de Barrême (Basses-Alpes, aujourd'hui Alpes de Haute-Provence) et y prend logement dans la maison du juge de paix du canton, M. Tartanson.
Le récit détaillé de ce séjour a été donné par Fabry dans son " Itinéraire de Buonaparte de l'île d'Elbe a l'île Sainte-Hélène" , Paris 1816.

Extrait:

"Le vendredi 3 mars, il [Napoléon] partit de Céranon [Séranon], et vint déjeuner à Castellane. Il y vit les autorités, notamment M. Francoul, sous-préfet, qui venait d'être destitué, mais qui n’était pas encore remplacé. Il lui promit de le rendre à son poste ; il n’avait été destitué que pour motifs d'opinions politiques. Il logea dans la même maison que ce magistrat ; il y déjeuna avec des vivres apportés de l'auberge, et du vin tiré de la cave du sous-préfet.
En arrivant, il fit venir le maire (M. Saint- Martin), et le força à lui délivrer trois passeports en blanc, avec défense d'en instruire le préfet avant trois jours. Il demanda la gendarmerie, mais elle était sortie de la ville, qui était muette d'étonnement.
Après une halte de trois heures, il continua sa route, et vint coucher à Barreme.
Buonaparte fut annoncé à Barreme par un exprès envoyé de Castellane, et qui arriva sur les quatre heures.
Une heure après, Cambronne arriva avec quelques officiers ; il mit pied à terre dans la maison la plus apparente du bourg (c'était celle de M. Tartanson, juge de paix) : il était occupé à la visiter, à y marquer le logement de Buonaparte, et à prendre toutes les précautions de sûreté, lorsque Buonaparte lui-même entra.
« Êtes-vous le propriétaire de la maison ? dit-il, en s'adressant à M. Tartanson qu'il trouva sur ses pas.
- Oui.... Sire.
- Comment vous appelez-vous ?
- Tartanson.
- Et ce jeune homme ?
- C'est mon fils.
- Que fait-il ?
- Il est receveur de l'enregistrement. »
Entrant dans la chambre qu'on lui avait préparée, il y trouva la femme de M. Tartanson fils, et la salua d'une manière fort gracieuse ; la dame répondit : Monsieur, j'ai l'honneur de vous saluer. Cambronne la prit par le bras, et lui dit, sur le ton du reproche: Madame, c'est l'empereur.
A cette parole, la jeune dame éprouva un saisissement dont elle se ressentit pendant plusieurs jours.
Pendant que Buonaparte s’installait dans l'appartement marqué pour lui, le reste de la maison se remplissait d'une foule d'officiers, et les salles d'en bas étaient encombrées de bagages.
Il fut à peine installé, qu'il demanda le maire (M. Beraud). Il le questionna fort sur la route de Sisteron ; il témoignait le désir d'y aller coucher le lendemain, mais on lui dit que la chose était impossible pour les piétons. Il se fit donner des cartes de Provence qu'il examina, quoiqu'il eût celle de Cassini. Il fit une réquisition de deux cents voitures à deux colliers, ayant soin de désigner les villages qui devaient les fournir, et choisissant de préférence ceux qui étaient placés sur la route de sa troupe, afin qu'ils n’osassent pas se refuser à la réquisition. Il dit que son artillerie passait par la grande route avec la cavalerie, et parla de plusieurs débarquements effectués en même temps sur plusieurs points de la Provence. Il renvoya le maire avec la promesse d'une route militaire qui passerait par Barreme, Après le maire, la gendarmerie fut appelée :il n'y avait qu'un brigadier et un gendarme, qui furent placés à la porte de la maison. Il demanda aussi le curé, M. l'abbé Galland ; mais cet ecclésiastique ne se présenta pas.
Pendant ces entrevues, le bourg se remplissait de troupes qui étaient reçues avec le silence de l'étonnement et de la stupeur.
Différents postes furent placés à toutes les avenues du bourg ainsi que sur la place ; le reste se logea chez les habitants, et les força d'illuminer leurs maisons.
Après ces préparatifs, Buonaparte fit appeler le maître de la maison, et au milieu d'un grand nombre de questions sans intérêt comme sans liaison, il laissa échapper quelques mots sur son entreprise.
« Si la troupe, dit-il, est pour moi, comme on me l'assure, les Bourbons ne peuvent pas tenir, mais ils peuvent être tranquilles sur leur sort.
- Si la troupe est pour vous, répondit M. Tartanson, le peuple ne l'est pas, du moins dans ce pays-ci. »
Buonaparte laissa passer cette remarque sans la relever ; et, sans paraître déconcerté, il détourna la conversation sur des choses vagues au milieu desquelles il intercala ces paroles remarquables : Après-demain au soir les Bourbons apprendront mon arrivée.
Puis se tournant du côté du fils :
« Vous viendrez avec nous, lui dit-il ; vous serez des nôtres, n'est-ce pas ?
- Sire, répondit M. Tartanson, je suis fils unique ; j'ai une femme et des enfants. Il me serait trop pénible de me séparer de ma famille.
- Je vous donnerai un grade avancé, reprit Buonaparte sans s'arrêter à ces observations.
Mais M. Tartanson persista dans son refus, en alléguant qu'il servirait plus utilement son pays en restant dans l'emploi qu'il occupait.
Bertrand qui avait été simple témoin de cette conversation, vint peu d'instants après, prit en particulier M. Tartanson, et, lui renouvela les mêmes propositions avec de plus vives instances.
Je vous fais, lui dit-il, chef d'escadron à l'instant ; passé Lyon, vous aurez un grade plus élevé, et à Paris je me charge de votre avancement.
Mais ces belles offres touchèrent si peu le modeste receveur, que trois jours après il marchait à la poursuite de son hôte, à la tête d'un détachement de volontaires royaux.
Pendant que Buonaparte et Bertrand, major-général de la grande armée, s’occupaient à recruter cette armée avec un zèle si opiniâtre, Cambronne, faisant fonctions de maître d'hôtel, descendit à la cuisine, et demanda de la soupe. La maîtresse de la maison répondit naïvement que c’était jour maigre ; qu'on n’avait pas mis le pot au feu.
Madame, répliqua Cambronne, en élevant la voix, il en faut cependant pour le souper de l'empereur. On lui fit observer qu'on avait à la vérité, de la soupe préparée pour les domestiques qui allaient revenir des champs, mais qu'on n’aurait pas osé la lui offrir. Voyons, dit Cambronne, en découvrant la marmite, ce que c'est que cette soupe. Il prit une cuiller, la goûta ; et, l'ayant trouvée fort bonne, il ordonna de la servir sur-le-champ.
Il s'empara, en même temps, d'un plat de morue, d'une omelette, et de tout ce qui composait le souper de la famille.
On y joignit un derrière de chevreau et quelques autres plats qui furent apportés de l'auberge, où ils avoient été préparés sous les yeux de deux factionnaires.
Buonaparte fit demander aussi des vins de dessert, des fruits et des confitures. Il prit du café qu'il apportait tout fait dans une bouteille, et qu'on lui servit dans les tasses du ménage, les siennes n’étant pas encore arrivées.
Pendant que le souper de la famille était consommé par Buonaparte et ses commensaux (Bertrand et Drouot soupaient avec lui), sa suite très nombreuse faisait main-basse sur toutes les provisions du ménage, et dévorait en quelques instants le fruit de plusieurs années d'économie.
Après le souper, tous les lits et matelas furent mis en réquisition et étendus dans toutes les pièces de la maison, et jusques sur les degrés de l'escalier. Buonaparte avait un lit de fer, qui fut dressé en cinq minutes. La maison ne lui fournit que les draps et les matelas ; il avait une couverture ouvrée de laine, dont le travail était fort beau. Il se coucha, et fut gardé par deux mameloucks placés en sentinelle à chaque porte de sa chambre. L'escalier était jonché d'officiers couchés sur des matelas ou sur de la paille.
Il y en eut qui, au lieu de se coucher, passèrent la nuit à écrire et à expédier des émissaires. Plusieurs avoient été déjà expédiés dans les premiers moments de l'arrivée de Buonaparte. On l'entendit demander à Bertrand :
« Cet homme est-il parti ?
- Lequel, sire ?
- Le correspondant de Grenoble ?
- Oui, sire.
- Et ceux du Nord ?
- Ils sont partis aussi (1).

Le brigadier qui était à la porte de la rue, excité et secondé par M. Tartanson fils, trouva le moyen d'envoyer un exprès à Digne. Il ne mandait au préfet que ces deux mots : « L'empereur Napoléon Buonaparte est arrivé à Barreme avec beaucoup de monde. »
Une petite correction fut faite à cette missive par M. Tartanson, qui ajouta le mot ex devant celui d'empereur.
Les bagages de Buonaparte, qui étaient en retard, arrivèrent dans la nuit. On remarqua entre autres objets, un magnifique service de vermeil dont il fit usage pour déjeuner.
A trois heures du matin, il demanda du café qu'on lui servit sur-le-champ. Il déjeuna, deux heures après, avec des tablettes de bouillon qu'il avait dans son nécessaire.
A sept heures, il fit appeler de nouveau le juge de paix qui vint avec son fils. Ils le trouvèrent assis dans un fauteuil, les jambes allongées sur une chaise, et ayant l'attitude d'un homme cuirassé, gêné dans ses mouvements, et raide comme une barre ; il était nu-tête, en uniforme bleu, en bottes à l'écuyère avec des éperons.
- Y a-t-il ici des biens nationaux ?
- Non, sire.
- Que font ces faquins ? (M. Tartanson hésitant à répondre, Buonaparte reprit :)
oui ces nobles ? ces émigres ? que disent-ils ?
- Ils sont fort tranquilles.
- Y a-t-il des biens d'église ?
- Il y a ceux de l’évêché de Senez.
- Se sont-ils vendus à juste prix ?
- Oui, à peu près.
- Y a-t-il eu d'autres biens vendus dans les environs ?
- Oui, ceux de M. de Moriez.
- Est-ce l'ancien chef d'escadre ?
- Oui.
- Est-il mort ?
- Oui.
Ces questions étaient souvent entremêlées de plusieurs autres dans lesquelles l'interrogateur ne brillait pas par un esprit de suite. Revenant à son entreprise et aux moyens qui en assuraient l'exécution, il dit entr'autres choses:
« L'impératrice et le roi de Rome sont partis pour Paris ; elle arrivera bientôt avec les troupes que l'Empereur lui donne pour l'accompagner. »
Il fit, à M. Tartanson fils, des questions relatives à sa place, sur les biens communaux, sur les droits de succession, lui demandant s'il faisait ses recouvrements sans difficulté ; il demanda le nom des autorités de Digne ; et comme on lui nommait Duval qui en était préfet, Bertrand s'écria : Ah ! le brave Duval ?
Buonaparte ne prononça jamais le nom du Roi ; il disait toujours les Bourbons. Le mot de royalistes ne fut non plus jamais prononcé par lui, ni par les siens.
Cette conversation terminée (elle dura une demi-heure), Cambronne demanda la note de la dépense. Le maître répondit que n'étant pas aubergiste il n’avait pas fait de note. Cambronne, ayant insisté inutilement, laissa sur une table cinq pièces de 20 francs, enveloppées dans un papier, sur lequel étaient écrits ces mots : Vous donnerez 10 francs aux domestiques (2).
A sept heures, Buonaparte monta à cheval, ou plutôt il y fut porté par deux ou trois écuyers, tant ses mouvements étaient gênés. Il vit à une croisée des dames qui regardaient en silence, et les salua poliment.
La troupe, sous les armes, fit entendre des cris de vive l'empereur ! qui furent répétés par la populace du bourg et par quelques paysans, arrivés au nombre de deux cents, avec leurs mulets, sur lesquels tout le bagage fut chargé. Le passage de la troupe dura toute la journée ; elle faisait le chapelet dans cette marche. Buonaparte prit pour guides la gendarmerie de Barreme, qui consistait en un brigadier et deux gendarmes. Un de ces derniers, qui était en service lors de l'arrivée de Buonaparte, s'étant présenté avec le lis à la boutonnière, un des officiers le lui arracha brusquement, en lui disant : quel oiseau as-tu là ?
Précédé de sa troupe et de cinquante lanciers à cheval, Buonaparte s'achemina vers Digne."

Un article signé Régis Bertrand, (extrait) :

" Dès 1815-1816 paraissent à Paris l’Itinéraire de Buonaparte en 1814 puis l’Itinéraire de
Buonaparte de l’île d’Elbe à l’île de Sainte-Hélène, ouvrages de circonstance rédigés par l’ancien
avocat Fabry, publiciste fécond.
Leur auteur a compris que Napoléon n’avait eu de cesse, sitôt de retour à Paris, de transformer en geste cette tentative réussie et de faire de son récit un enjeu d’histoire immédiate et de mémoire potentielle. Fabry a donc mené une contre-enquête. Il est vraisemblablement venu sur place, il semble bien avoir en particulier rencontré des membres de la famille Tartanson qui a hébergé Napoléon à Barrême à moins qu’il n’ait bénéficié d’un récit mis par écrit par Tartanson père ou fils. Du moins cette étape occupe-t-elle dans son récit une place disproportionnée. Fabry fixe presque d’emblée les principaux traits du récit du retour de l’île d’Elbe, à cette nuance près que son récit est hostile à Napoléon. Il transcrit ces menus faits dont on prétend à tort qu’ils ne sauraient être inventés, détail significatif de leur impact sur l’imaginaire, voire l’affectivité. Pour n’en citer qu’un :
« arrivé près d’un village appelé Mouan (Mouans-Sartoux), il entendit sonner les cloches, il crut que
c’était le tocsin, et se regarda comme perdu. Un roulier qui vint à passer et qu’il questionna sur ces
cloches lui dit qu’on les sonnait pour un enterrement et dissipa sa frayeur ». Les générations suivantes reprendront à satiété l’anecdote en la réécrivant d’une façon moins péjorative pour le grand homme...."

:salut:
"Sous le pont Mirabeau coule la Seine et nos amours..."
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Messagede barthelemy » Dim 12 Mars 2017 : 00:32

Merci pour toutes ces anecdotes et récits qui sont toujours savoureux :salut:
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En route vers Paris...

Messagede Christophe » Mar 14 Mars 2017 : 16:12

Voici un passage du témoignage de l'adjudant-major Etienne LABORDE: "Le 3, l’Empereur coucha à Barème [Barrême] , le 4, à Digne . Le 5, le général Cambronne, avec une avant-garde de quarante hommes, s’empara du pont et la forteresse de Sisteron ; le même jour, l’Empereur coucha à Gap , et l’avant-garde à La Mure. Aucun événement remarquable n’eut lieu en traversant ce long espace de pays ; les habitants nous accueillaient fort bien, mais sans se prononcer ni pour ni contre. Durant ce long trajet, nous ne fîmes que deux recrues, un gendarme et un soldat d’infanterie. Nous quittâmes, après quelques jours de marche bien pénible, et à notre grande satisfaction, ce malheureux pays de montagnes, et nous commençâmes à découvrir la belle campagne au-delà de La Mure, qui avoisine celle de Vizille, pour aller à Grenoble.

L’Empereur, informé que des troupes étaient parties de Grenoble avec mission de s’opposer à notre passage du pont de La Mure, prit des dispositions de défense et forma de sa petite armée, forte d’environ onze cents hommes, trois colonnes : la première, composée de trois compagnies de chasseurs, des lanciers polonais montés, ou non montés, de huit à dix marins de la Garde, forma l’avant-garde, commandées par le général Cambronne , ayant sous ses ordres l’intrépide colonel Malet ; la seconde, commandée par le capitaine Loubers, des grenadiers, fut composée de trois compagnies d’artillerie, et d’environ trente officiers sans troupe, conduits par le major corse Pacconi ; avec elle marcha l’Empereur, tout son état-major , et le Trésor porté sur deux ou trois mulets .

La troisième colonne, formée par le bataillon corse , sous les ordres du chef de bataillon Guasco , formait l’arrière-garde. Moi-même, aux approches de La Mure, je reçus l’ordre du général Cambronne de prendre les devants avec soixante chasseurs, commandés par le lieutenant Jeanmaire , et quelques lanciers polonais, pour établir le logement de la première colonne des troupes de l’Empereur, et que je portai à douze cents hommes, quoique en réalité il n’y en eût pas plus de trois cents. Il paraît que nous étions attendus, puisque je trouvai à la mairie tout le conseil municipal réuni. J’en fus parfaitement accueilli, et je m’occupais avec ces messieurs de préparer le logement lorsqu’un adjudant du 5ème d’infanterie de ligne arriva pour faire le logement d’un bataillon de ce corps et d’une compagnie du 3ème régiment de sapeurs du génie. Voyant que cet officier portait la cocarde blanche, je pensai bien qu’il ne venait point dans l’intention de se joindre à nous.

Je l’abordai et lui dis :

« A la cocarde que vous portez, je vois que vous êtes ici dans un autre but que le mien ; cependant répondez-moi avec la franchise qui doit nous caractériser ; sommes-nous amis ou ennemis ? »

Il me répondit en me tendant la main :

« Deux vieux compagnons d’armes seront toujours d’accord.

-Alors ; lui dis-je, faisons le logement de concert. »

Il fit semblant d’y souscrire ; mais, profitant d’un instant où j’étais occupé, il s’esquiva pour aller rendre compte à son chef de ce qui se passait, et ne revint plus. Cette troupe prit alors position à une portée de fusil de la ville de La Mure, et envoya une forte avant-garde dans les premières maisons du côté de Grenoble.

Instruit de la disparition de l’adjudant-major du 5ème de ligne, je n’étais pas du tout tranquille dans l’hôtel de la mairie, où je craignais d’être surpris, et je venais d’envoyer l’ordre au lieutenant Jeanmaire de rester sous les armes et de faire bonne garde aves con petit détachement, lorsque le général Cambronne arriva avec la première colonne, monta lui-même à l’hôtel de la Mairie, me demandant si j’aurais bientôt fini.

« De suite, lui répondis-je, mon général. »

En effet, nous sortîmes aussitôt. Lui ayant rendu compte de ce qui se passait, et lui-même apercevant un poste de la troupe opposante placé aux premières maisons d’une rue donnant sur la route de Grenoble, il fit établir un poste des nôtres, commandé par un officier, à portée de pistolet du 5ème de ligne, et envoya tout de suite le capitaine Raoul de l’artillerie, accompagné d’un maréchal-des-logis de mamelucks, auprès de l’officier commandant le poste du 5ème, pour l’engager à pactiser avec nous, mais nous ne pûmes le déterminer à y consentir. Le général y alla lui-même, et on lui répondit qu’il y avait défense de communiquer .

Alors le général Cambronne ordonna que la troupe prendrait position sur l’emplacement où elle se trouvait devant la mairie, et il fit ses dispositions pour éviter toute surprise. Cette opération terminée, nous entrâmes dans une auberge en face de la mairie, où j’avais commandé un dîner pour douze personnes. A peine commencions-nous notre repas qu’un paysan, qui avait été envoyé par le général Cambronne pour connaître les mouvements de la troupe qui nous était composée, entra et vint annoncer que cette colonne s’ébranlait et semblait disposée, en passant derrière La Mure, à se porter sur le pont par lequel nous étions arrivés pour le faire sauter et nous couper par là, tout communication avec l’Empereur . Il n’en fallut pas davantage pour nous faire partir à l’instant même, à l’effet d’aller nous établir sur le pont, que nous gardâmes militairement toute la nuit, durant laquelle la troupe adverse recula de trois lieues en se rapprochant de Grenoble.

Le général Cambronne ayant fait connaître à l’Empereur ce qui se passait, Sa Majesté arriva avec les deux colonnes, le lendemain vers les neuf heures du matin, sur le point où nous avions pris position, se mit à la tête des troupes et ordonna au général Cambronne de marcher en avant. Le brave colonel Malet prit le commandement des trois compagnies de chasseurs formant la tête de la colonne ; les lanciers polonais, commandés par l’intrépide colonel Germanoski [Jerzmanowski], prirent la droite à côté de la route. Les officiers sans troupe, commandés par le major Pacconi, prirent à gauche, et nous marchâmes droit sur le bataillon du 5ème de ligne. La compagnie de voltigeurs était en bataille à la sortie du village. L’Empereur ordonna au colonel Malet de faire mettre l’arme sous le bras gauche, la baïonnette au bout du canon. Cet officier lui ayant observé qu’il pourrait y avoir du danger à faire un pareil mouvement devant une troupe dont les intentions n’étaient pas connues, et dont la première décharge pourrait être funeste, l’Empereur lui dit avec vivacité:

« Malet, faites ce que je vous ordonne. »

Arrivé à la portée de pistolet, l’Empereur dit d’une voix forte et tranquille :

« Soldats ! Voilà votre empereur ; que celui d’entre vous qui voudra le tuer fasse feu. »

Un jeune officier, parent et aide-de-camp du général Marchand, commandant à Grenoble, qui était venu avec mission de son général de s’opposer à notre passage, dit à haute voix : « Le voilà ! Faites feu ! »

Le cri unanime [de] « Vive l’Empereur ! » fut la réponse.

Déjà les lanciers polonais étaient arrivés dans le village et se trouvaient pêle-mêle avec le bataillon du 5ème et la compagnie du 3ème régiment de sapeurs du génie, criant à l’envi : « Vive l’Empereur ! »

Le major Pacconi, à la tête des officiers sans troupe avait pris un sentier détourné, et s’était placé sur les derrières du 5ème pour le recevoir, dit-il à l’Empereur, si le combat s’était engagé. La Garde et les soldats s’embrassèrent, arrachèrent à l’instant la cocarde blanche et prient avec enthousiasme la cocarde tricolore. Cette troupe ayant été formée en bataille, l’Empereur parla ainsi :

« Soldats,

« Je viens avec une poignée de braves, parce que je compte sur le peuple et sur vous. Le trône des Bourbons est illégitime, puisqu’il n’a pas été élevé par la nation ; puisqu’il est contraire aux intérêts de notre pays, et qu’il n’existe que dans l’intérêt de quelques familles… Vos pères sont menacés du retour des dîmes, des privilèges, des droits féodaux et de tous les abus dont nos succès les avaient délivrés. N’est-il pas vrai, citoyens ? (Dit-il, à un rassemblement immense qui se trouvait autour de la troupe.)

- Oui, Sire, répondirent-ils d’un cri unanime, on voulait nous attacher à la terre. Vous venez, comme l’ange du Seigneur, pour nous sauver. »
A peine, venions-nous de fraterniser avec le 5ème, que M. Dumoulin arriva à franc-étrier, ayant à son chapeau la cocarde tricolore, et, se précipitant de son cheval à la rencontre de l’Empereur : « Sire, lui dit-il avec la plus grande émotion, je viens vous offrir 100,000 francs et mon bras, et vous assurer de la fidélité de vos bons Grenoblois. » L’Empereur parut satisfait, et lui dit en riant : « Montez à cheval, nous causerons en marchant, j’accepte vos services. » Le soir même de notre arrivée à Grenoble, ce jeune homme, rempli du plus grand courage, fut nommé capitaine officier d’ordonnance de l’Empereur, qui lui remit lui-même la décoration. Depuis, et pendant toute la route, M. Dumoulin, avec une escorte de quinze hussards du beau et bon régiment, marcha toujours à l’avant-garde et rendit les plus grands services."
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Messagede fanacyr » Mer 15 Mars 2017 : 00:18

Christophe a écrit:M. Dumoulin arriva à franc-étrier, ayant à son chapeau la cocarde tricolore, et, se précipitant de son cheval à la rencontre de l’Empereur : « Sire, lui dit-il avec la plus grande émotion, je viens vous offrir 100,000 francs et mon bras

Le fameux gantier de Grenoble !!
Et là, passant le Pont/passant le Pont ?
La Garde ! / Alors, toute l'armée est Française aujourd'hui ?
d'où vient que l'on ne voit point d'Autrichiens ?/ Ils ont FUI !!!
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Messagede fanacyr » Lun 20 Mars 2017 : 11:56

Une pensée pour tous les patriotes qui accueillirent en ce jour anniversaire Napoléon à la fin du Vol de l'Aigle
Et là, passant le Pont/passant le Pont ?
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Le matin du 20 mars 1815...

Messagede Christophe » Lun 20 Mars 2017 : 13:15

« Le 20 mars au matin, je vis sur la place Maubert un courrier à la large cocarde et aux rubans tricolores. C'était la première fois depuis un an que nos glorieuses couleurs reparaissaient. Ce courrier fut entouré, on ne voulait pas le laisser passer, on lui apportait du vin, on lui pressait les mains; on caressait et embrassait son cheval. C'était du délire. On s'étouffait pour lire la belle proclamation : « Soldats, nous n'avons point été vaincus... » Napoléon fit son entrée dans Paris par la barrière de Fontainebleau et le boulevard de l'Hôpital. Il était entre six et sept heures du soir [nombre de témoins ont écrit qu’il était près de 21 heures lorsque l’Empereur arriva aux Tuileries, l’horaire donné par Poumiès pourrait être donc inexact], et déjà nuit. Il passa rapidement, peu escorté, traversa le pont d'Austerlitz. La foule accourue sur son passage était immense, elle le reçut avec amour : on battait des mains, on criait à tue-tête : « Vive l'Empereur !» ; moi plus qu'un autre. Le bataillon sacré de l'île d'Elbe n'arriva que dans la nuit et bivouaqua sur la place du Carrousel, aussi je le vis le lendemain. Ces braves gens furent reçus à bras ouverts : c'était à qui leur donnerait quelque preuve d'amitié. Leurs uniformes étaient en mauvais état, leurs bonnets à poil ras et pelés, leur teint bronzé. Ils semblaient harassés de fatigue. Jamais avant eux on n'avait franchi à pied, avec tant de rapidité, une aussi grande distance. Les jeunes gens des écoles, revenus à Napoléon, lui offrirent leurs bras et leurs cœurs. Quel changement depuis 1814 ! Avec quel empressement nous nous rangeâmes dans les compagnies d'artillerie qui furent organisées ! Deux fois par jour, nous étions exercés au maniement des pièces dans le jardin du Luxembourg. Il régnait parmi nous un zèle, une ardeur admirables, un vif désir de faire oublier la lâcheté de notre conduite en 1814. Ce n'était point un attachement personnel non raisonné qui nous attirait vers Napoléon. La Restauration nous avait froissés de tant de manières que nous avions fini par le regarder comme le vengeur des soufflets qu'on nous donnait, comme le réparateur envoyé du Ciel. Combien il nous trompa ! Tous les régiments de l'armée furent successivement appelés à Paris, tous étaient animés d'une ardeur martiale, tous brûlaient du désir de venger nos derniers malheurs. Les vieux soldats retrouvaient dans un coin de leurs sacs la cocarde tricolore qu'ils y avaient soigneusement conservée. »

(Docteur Poumiès de La Siboutie (1789-1863), « Souvenirs d’un médecin de Paris… », Plon, 1910, pp.156-158).
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20 mars 1815...

Messagede Christophe » Lun 20 Mars 2017 : 22:08

Ce récit est extrait des « Souvenirs » d’Emile Labretonnière, jeune étudiant parisien. L'Empereur n'était pas encore de retour dans sa capitale.

« Pendant toute cette journée du 20 mars, le pays fut sans aucun gouvernement, et cependant jamais Paris ne fut plus paisible; pas la moindre insulte, pas la moindre violence de la part d'un peuple abandonné à lui-même et dont on n'avait pas encore altéré les nobles instincts. Seulement, je fus témoin d'un fait qui fit croire à un commencement de trouble. Il faisait un temps superbe; les cafés et les estaminets du Palais-Royal se remplissaient de militaires fêtant, le verre en main, l'arrivée du Petit-Caporal. J'étais avec un ami dans un estaminet haut: une foule de cuirassiers y faisait couler la bière et le punch en son honneur, quand tout-à-coup un coup de fusil retentit dans le jardin. A l'instant, voilà tous nos hommes qui sautent sur leur sabre déposé près d'une table, et qui descendent rapidement, tandis que toutes les croisées se garnissent de figures inquiètes. Ce n'était qu'un hasard; un armurier du Palais-Royal, en maniant un fusil qu'il ne savait pas chargé, venait de le faire partir par mégarde. On attendait l'Empereur d'heure en heure; il n'arrivait point. Les boulevards se garnissaient de curieux sur le passage présumé de la voiture où reposaient de si hautes destinées. Des officiers d'état-major, à cheval, parurent enfin venant de la place Vendôme, encourageant le peuple qui, sur leur route, criait Vive l'Empereur ! Il furent le premier indice de l'organisation d'un pouvoir quelconque dans toute cette journée. La nuit venait; j'étais sur le boulevard Saint-Martin, impatient et inquiet d'un si long retard, quand j'entendis accourir une nuée de crieurs, colportant un imprimé et l'annonçant avec les poumons que vous connaissez à ces stentors de la rue de Jérusalem. J'arrête le premier qui passe, je lui achète un exemplaire, et mes regards tombent avec ravissement sur l'aigle impériale m'ouvrant ses aîles, tenant encore dans sa serre ce foudre terrible dont les éclairs avaient fait baisser les yeux à tant de rois vaincus. J'avais en main l'admirable proclamation de Napoléon à l'armée française , celle qui commence par ces mots: SOLDATS ! Nous n'avons point été vaincus ! C'était cette chaleureuse allocution où, en appelant autour de sa bannière les vieux braves des premiers départements envahis par lui, le soldat couronné leur annonçait que l'aigle aux trois couleurs allait voler de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. J'étais là le cœur agité, les yeux avides, à lire au coin du boulevard; peu à peu je voyais se former autour de moi un cercle d'enfants et d'ouvriers jetant un œil curieux sur l'aigle qui surmontait la proclamation. — Monsieur, me dirent d'un air suppliant quelques hommes aux vêtements délabrés, si vous vouliez avoir la bonté de lire haut! – Je vis qu'en refusant j'allais coûter deux sous à ces pauvres diables incapables de résister à l'envie de connaître cette proclamation; je commençai donc. Puis je vis toutes ces figures noircies par le travail se grouper attentives, et l'orgueil national s'épanouir aux magiques paroles de Napoléon; pas un trait d'éloquence ne manquait le but; il y avait autour de moi trop de cœurs patriotes pour le recevoir. Cependant je commençais à être embarrassé de mon rôle de tribun en plein vent, la foule était considérable quand arriva la fin de ma lecture; elle fut couronnée par un cri de Vive l'Empereur ! Que je me contentai de répéter in petto, tant je craignais de passer pour un enthousiaste à tant par jour. Je parcourus le boulevard jusque devant l'Ambigu. Cependant, il n'arrivait point; je remontai plus loin pour le voir plutôt passer. Parvenu devant le théâtre de l'Ambigu, j'y entrai machinalement. J'étais là, au parterre, jetant un œil distrait sur la scène, mais l'oreille attentive aux bruits du boulevard, et tout entier hors de la salle par la pensée. Il me semblait pourtant voir vaguement se développer sur le théâtre une action dramatique; c'étaient des Polonais avec le vieux costume national; c'était de la neige qui tourbillonnait, et couvrait la scène de papier découp ; puis, des mines où travaillait un peuple souterrain ; des guerriers qui parlaient de la gloire et de l'esclavage de la Pologne; puis, vint une voix des loges qui s'écria: N'ayez pas peur, allez; ça ne durera pas longtemps! L'à-propos fut saisi avec applaudissement: les loges échangeaient entre elles de ces mots qu'on ne dit qu'à Paris; à chaque instant, on sortait en masse de la salle pour y rentrer en désordre et sans carte; ce n'était pas sur le théâtre qu'était l'intérêt, c'était sur le boulevard, où chaque voiture était prise pour celle de Napoléon. Enfin, après cinq ou six alertes, nous entendîmes des cris sourds et un bruit de chevaux; nous sortîmes encore en foule; c'était lui! il venait de passer. De chaque côté des boulevards la foule s'arrêtait muette d'émotion, regardant passer cette voiture qui portait César et sa fortune. Dix minutes après, à neuf heures et demie, elle s'arrêtait au pied du vestibule du pavillon de Flore, aux Tuileries; un homme en descendait; à l'instant il était soulevé de terre et porté sur les bras de près deux cents officiers qui garnissaient le vestibule et les marches du grand escalier, l'attendant pour lui faire ainsi un pavois. Le vertige prit-il de nouveau Napoléon du haut de ce trône improvisé par l'amour de ses compagnons de gloire ? Oublia-t-il que pour qu'un tel pavois soit inébranlable , il faut qu'aux vaillantes mains du peuple et de l'armée se joigne la main puissante de la liberté. Il n'en perdit point entièrement la mémoire; il voulut bien enfin reconnaître la toute-puissance de cette liberté ; mais il oublia que son plus beau titre, à lui, datait de son généralat. Il voulut agir en roi, il espérait, en cette qualité, être reconnu par ses anciens rivaux couronnés. Espérance insensée !

Oh ! sans doute, dans l'ardente insomnie qui dût faire bouillonner ce cerveau puissant pendant cette nuit du 20 mars, il aura surtout écouté l'écho du passé, lui apportant les retentissements de sa royauté déchue. Il aura senti se balancer encore sous ses pas le radeau de Tilsitt où il distribuait des couronnes; il aura revu la victoire, lui présentant d'une main les clés de Vienne et de l'autre la fille des Césars. Le canon des Invalides aura retenti à son oreille, comme à pareil jour, il y avait quatre années, alors que ce canon annonçait au monde attentif qu'un enfant venait de naître; enfant dont le père, soldat déjà maître du Louvre, allait, armé du glaive de Charlemagne, découper la carte de son empire et, pour la part de son fils, lui donner le Capitole ! Oubli fatal de son origine populaire ! Rêve enivrant. dont le réveil devait être Waterloo ! »

(E. Labretonnière : « Macédoine. Souvenirs du Quartier Latin dédiés à la jeunesse des écoles. Paris à la chute de l’Empire et durant les Cent-Jours », Lucien Marpon, Libraire-Editeur,1863 »,pp.203-207)
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Paris, palais des Tuileries, peu après 21 heures...

Messagede Christophe » Lun 20 Mars 2017 : 23:17

" 20 mars 1815... Jour historique dans l'histoire de l’Épopée. Napoléon s'apprête à retrouver les Tuileries après son exil à l'île d'Elbe. Laissons parler le baron Guillaume Peyrusse qui le suivit: "20 mars. Nous quittâmes Auxerre, la joie et l’enthousiasme régnaient dans la ville. Sa Majesté arriva dans la nuit à Fontainebleau. Après quelques heures de repos, Sa Majesté passa en revue dans la cour du palais un régiment de lanciers. Après l’arrivée de la Garde, l’Empereur, apprenant que le Roi avait quitté Paris et que la capitale était libre, se mit en route pour s’y rendre .Tous les villages que nous traversions témoignaient la plus vive joie ; une révolution sans exemple s’achevait sans le moindre désordre. Nous vîmes arriver autour de Sa Majesté tous les officiers généraux résidant à Paris ; une foule immense, plusieurs équipages à six chevaux vinrent au-devant de l’expédition. A neuf heures du soir, arrivé aux portes de Paris, l’Empereur rencontra l’armée qui devait commander le duc de Berry . Officiers, soldats, généraux, lanciers, cuirassiers, dragons, tous se pressèrent au-devant de l’Empereur. A son entrée aux Tuileries, Sa Majesté pouvait à peine traverser la foule des officiers qui l’entouraient ; elle fut obligée de leur dire, presque suffoquée par son émotion : « Mes amis, vous m’étouffez. » La nuit, la Garde arriva et bivouaqua dans la cour du Carrousel. Dès le matin, le drapeau tricolore avait été arboré sur la tour de l’horloge des Tuileries. Ainsi s’est terminée, sans rencontrer un obstacle, sans brûler une amorce et sans effusion de sang, une entreprise qui, au lieu d’être jugée comme une imprudente témérité, doit compter parmi les calculs les plus sublimes de la vie de l’Empereur, et l’entourer de la plus haute gloire militaire qui ait jamais honoré un grand capitaine. La marche de Cannes à Paris est sans exemple dans l’histoire des nations.

C’est l’élan unanime d’un grand peuple courant au-devant de son libérateur.

Je versai tous mes fonds aux Tuileries et fis conduire à la Banque ceux que j’avais pris à Lyon. Sur toute la route l’armée n’avait eu besoin que de 19,000 Fr."

(Baron Guillaume PEYRUSSE, « En suivant Napoléon. Mémoires, 1809-1815. Edition présentée, complétée et annotée par Christophe Bourachot », Dijon, Editions Cléa, 2009, pp.380-382).

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Un témoignage méconnu sur le retour de l'Empereur...

Messagede Christophe » Ven 31 Mars 2017 : 15:38

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