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Mars 1815. Quelques personnages méconnus...

Espace consacré à Napoléon Bonaparte et au Premier Empire. Merci de rester courtois dans vos échanges.

Mars 1815. Quelques personnages méconnus...

Messagede Christophe » Ven 24 Février 2017 : 17:53

Le retour de l’île Elbe est le prétexte d’évoquer ici plusieurs personnages ayant joué un rôle à l’île d’Elbe et après.

Commençons par Jean Dumoulin (1786-1856). « Il suivra l’Empereur jusqu’à Paris, jusqu’à Waterloo où un coup de sabre le rend à demi-sourd. Prisonnier quelque temps des anglais, il réussira à faire fortune à Londres puis à Amsterdam. Revenu en France, il s’établit à Paris où il essuie des revers… » (Sophie et Anthelme Troussier, « La Chevauchée héroïque du Retour de l’île d’Elbe », Grenoble, Imprimerie Allier, 1964, p.148). N’oublions pas son compère, un autre des partisans de l’Empereur : « Apollinaire Emery [1786-1821], alors âge de trente ans, né au Grand-Lemps (Isère), dans l’arrondissement de La Tour du Pin, avait, comme chirurgien de la Garde, suivi Napoléon à l’île d’Elbe. Il accompagnait l’Empereur dans la marche sur Paris. Le 3 mars 1815, il reçut à Castellane un des passeports en blanc que Napoléon avait exigés du maire de cette ville et il partit en avant, comme s’il avait un congé et rentrait dans sa famille. Sur son chemin, il rencontra le général Mouton-Duvernet et lui assura que la garnison d’Antibes et que Masséna même s’étaient déclarés pour l’Empereur .Mouton écrivit au général Marchand qu’Emery allait à Grenoble et qu’il fallait l’arrêter. Mais Emery se cacha et il avait eu le temps d’annoncer l’arrivée de Napoléon et de distribuer ses proclamations », écrit à son propos Arthur Chuquet dans ses « Lettres de 1815 » (Librairie Ancienne, Honoré Champion, Éditeur, 1911). « L’Empereur avait, depuis quelques années, dans sa Garde, une jeune chirurgien de Grenoble (Emery), qui avait offert de suivre à l’île d’Elbe les compagnies accordées à Napoléon par le traité de 1814. Il avait quitté momentanément ces compagnies, à Lyon, pour venir à Grenoble prendre congé de ses parents et de ses amis. M. Emery mit à profit son séjour dans cette ville et y forma des liaisons avec quelques partisans déterminés de l’Empereur, entre autres avec un de ses confrères et un jeune gantier (Jean Dumoulin). On présume qu’ils se concertèrent pour établir entre eux une correspondance secrète et l’on assure que des paquets de gants de Grenoble transportaient périodiquement à Porto-Ferrajo [Portoferraio] des bulletins circonstanciés des bulletins sur l’état des choses et des esprits en France ». (J. Berriat de Saint-Prix, «Napoléon 1er à Grenoble. Histoire du 7 mars 1815 », Grenoble, Maisonville et Fils et Jourdan, Libraire-Editeurs. Paris, Auguste Durand, Libraire de la Bibliothèque des Avocats, p.25). Sur ces deux personnages, il faut lire l’ouvrage d’Albert Espitalier et intitulé : « Deux artisans du Retour de l’île d’Elbe. Le chirurgien Emery et le gantier Dumoulin » (Grenoble, B. Arthaud, 1934).

Qui connaît Jean Sari (1792-1863) ? Aspirant de marine en 1814, Sari refuse de se rallier à la Première Restauration et gagne l’île d’Elbe. Napoléon le reçoit avec empressement. Il est nommé enseigne en second de l’Inconstant le 9 juillet 1814. Ayant fait preuve d’audace au cours du premier voyage que fit l’Empereur à l’île de la Pianosa, c’est lui qui tient la barre de l’Inconstant dans la nuit 26 février 1815. Sari devient commandant de ce même navire le 27 mai 1815. Rayé des cadres de la marine en juillet 1815, il est obligé de quitter la France. En 1818, Sari est envoyé par Madame Mère au service de Joseph Bonaparte, au États-Unis. Il sera à son service durant quinze ans. Il devient son intendant et effectue pour son compte plusieurs missions en Europe. Sari sera en relation avec le prince Louis Napoléon, futur Napoléon III, dans ses menées bonapartistes.

Honoré de Grimaldi (1778-1841), qui règnera en 1819 à Monaco, après la mort de son père, sous le nom d’Honoré V. Entre 1798 et 1809, il fut aide camp de Grouchy, puis de Murat. « Dans la soirée, le poste avancée du côté de Cannes arrêta un courrier qui fut amené au bivouac de l’Empereur. Cet homme fit connaître qu’il était au service du Prince de Monaco, dont il précédait la voiture et qu’antérieurement il avait postillon de l’impératrice Joséphine. Quelques gens des écuries le reconnurent pour tel. L’Empereur le questionna sur l’esprit public de la capitale, sur ce que l’on disait de lui, Napoléon, sur les Bourbons, etc. Sa Majesté parut assez satisfaite de ce lui répondit ce courrier ; elle congédia en lui disant de continuer sa route. Il allait à Monaco » (Mameluck Ali, « Souvenirs sur l’empereur Napoléon 1er. Présentés et annotés par Christophe Bourachot », Arléa, 2000, pp.91-92). « 2 mars [1815]. A minuit, le départ eut lieu. Cette première marche fut silencieuse. Nous nous trouvions lancés dans une entreprise très périlleuse. L’Empereur vit à la poste le prince de Monaco, lui fit beaucoup de questions et lui dit en partant : - « Venez-vous avec nous, Monaco ?... » (G. Peyrusse, « En suivant Napoléon. Mémoires… », Dijon, Cléa, 2009 p.359). « Vraisemblablement, le seul encouragement que Napoléon reçut à Cannes lui fut donné par le courrier du duc de Valentinois. Cet homme assura que la Provence une fois traversée, tout le monde serait pour l’Empereur. Le prince fut aussi amené au bivouac. « -Venez-vous avec nous, Monaco ? » demanda l’Empereur en riant. « -Mais, Sire, je vais chez moi. » « -Et moi aussi, « répondit Napoléon. » (Henry Houssaye, « 1815. La première Restauration…», p.214). Chuquet a publié en 1913 dans sa revue « Feuilles d’Histoire » deux lettres inédites sur cet épisode.

André Pons de l’Hérault (1772-1853) prend la direction des mines de fer de l’île d’Elbe, dès son arrivée sur place le 16 octobre 1809. Républicain de la première heure, ayant croisé Bonaparte en 1793 à Toulon, il apprend à connaître l’Empereur durant son séjour elbois. Il en deviendra un des plus actifs partisans. Pons de l’Hérault suit le souverain lors de son retour en France et il est envoyé en mission par Napoléon auprès de Masséna (à Marseille), afin de le rallier à sa cause. Durant les Cent-Jours, Il est nommé préfet du Rhône. André Pons de l’Hérault a laissé un très précieux témoignage qui parut pour la première fois en 1897sous les auspices de Léon-G. Pélissier. Pons est également l’auteur d’un autre témoignage intitulé « Mémoire aux puissances alliées », qui sera publié en 1899.

Le docteur Foureau de Beauregard (1774-1848), élève du célèbre Corvisart, avait été médecin par quartier de l’Infirmerie impériale. Il avait fait comme tel la campagne de France. « Le docteur Foureau de Beauregard, dont la science médicale n’avait pas révélé le mérite, était à Paris, médecin des écuries impériales, et, à l’île d’Elbe, médecin en chef de l’Empereur. Il était ce qu’on appelle vulgairement « une commère » et, pour plaire à l’Empereur, il lui colportait exactement tous les caquetages bons ou mauvais, ce qui avait fini par le rendre suspect. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », p.93). Présomptueux et suffisant, phraseur sans idées, Foureau de Beauregard se croit un aigle, alors qu'il n'est qu'un homme très ordinaire. Médisant et de mauvaise foi, il se crée des ennemis partout ; il est la risée de la cour où on l'appelle Purgon, allusion à l’un des médecins de la pièce du grand Molière, « Le Malade imaginaire ».

François Gatte (ou Gatti) (1789-1832) était pharmacien de l’hôpital militaire de Portoferraio. Reçu docteur en pharmacie à Paris, Gatte participe a partir de 1808 aux campagnes de l’Empire. A l’île d’Elbe il est en charge du personnel de la maison de l’Empereur. « C'est un homme sans instruction qui ne cherche même pas à se perfectionner. Il se contente de préparer le plus consciencieusement possible les ordonnances qu'on lui remet. Avec cela modeste et doué d'une nature aimable, complaisante. Il a le désir de plaire et est aimé de tout le monde, surtout de sa femme, la belle et vertueuse Bianchina Ninci qu’il a épousé le 28 octobre 1814 à l’île d’Elbe. Malgré son caractère facile, il se dispute violemment avec le médecin-chef [Foureau de Beauregard] et de nombreuses querelles s'élèvent entre eux. Napoléon est souvent obligé d'intervenir. »

Jules Loubers (1785-après 1840) commandait à l’île d’Elbe la 4ème compagnie de la Garde Impériale. Après un début dans les troupes italiennes, Loubers entre comme capitaine au 1er grenadiers à pied de la Garde Impériale. « Le capitaine Jules Loubert [Loubers] affectait les allures de ce qu’on appellerait une personne bien née ; ce qui n’est pas toujours la preuve d’une haute naissance. Cependant le capitaine Loubert [Loubers] était « fils de famille », comme on disait jadis. Ses prétentions aristocratiques le rendaient impopulaire ; il n’était pas aimé. L’Empereur le chargea d’aller à Gênes acheter des draps. Puis il le choisit pour être le danseur de la princesse Pauline, ce qui était un bon choix, car le capitaine Loubert [Loubers] dansait parfaitement. » (A. Pons de l’Hérault, « Souvenirs… », pp.326-327).

Le commandant Anselme Malet (1779-1815) était chef d’état-major de la Garde à l’île d’Elbe. Il sera tué à Waterloo… André Pons de l’Hérault qui l’a côtoyé sur place, écrit dans ses « Souvenirs » qu’il « avait peu d’instruction, mais c’était une belle nature de soldat, de bon soldat, franc, loyal, dévoué, pouvant honorablement remplir sa tâche et la remplissant à la complète satisfaction de l’Empereur… ». Cet officier, blessé plusieurs fois, participa aux campagnes d’Italie, d’Égypte, de 1805/1807. On retrouve Malet en Espagne, puis plus tard en Autriche. Il est en Russie, en Allemagne et participe à la campagne de France. « Après avoir commandé le bataillon de la Garde Impériale ayant accompagné l’Empereur à l’île d’Elbe, il est promu major dans la Garde Impériale le 27 février 1815 à l’âge de 37 ans et 22 ans de service. Major du 3ème régiment de chasseurs à pied de la Garde Impériale le 13 avril 1815, il participe avec l’Armée du Nord à la campagne de Belgique et est blessé d’un coup de boulet à l’épaule gauche à la bataille de Waterloo, 18 juin 1815. Décédé aux ambulances de Charleroi des suites de ses blessures le 9 août 1815. » (B. Quintin, « Dictionnaire des colonels de Napoléon », SPM, 1996, pp.563-564).

Nicolas Raoul (1788-1850) que l’on ne confondra pas avec un autre officier, Jacques Roul (1775-1840). Raoul, enfant de troupe au 5ème régiment d’artillerie à pied le 21 mai 1802, entre le 1er octobre 1806 à l’École polytechnique et passe comme élève sous-lieutenant au 5ème régiment d’artillerie à pied le 27 juin 1809 pour prendre part aux campagnes d’Allemagne de 1809 à 1811. Il sert au siège de Riga pour être promu capitaine le 22 juillet 1812. Nicolas Raoul participe à la campagne de Russie et entre dans l’artillerie de la Garde Impériale, comme lieutenant le 1er octobre 1812. Il est à Bautzen, Dresde et à Leipzig, en 1813. Il a un cheval tué sous lui à Hanau. En 1814, Raoul se bat à Brienne, Montereau, et à Arcis-sur-Aube. Lors de la première abdication de l’Empereur, il suit le général Drouot, avec le grade de capitaine de la Vieille Garde, à l’île d’Elbe. Il sera notamment chargé de fortifier la petite île de la Pianosa et d’aménager la résidence impériale de San Martino. Au retour de Napoléon, qu’il a suivi jusqu’à Paris, Raoul est nommé chef de bataillon dans l’artillerie de la Garde, avec rang de major dans ligne. Il participe à la campagne de Belgique. Grièvement blessé à Waterloo, il reste sur le champ de bataille, la cuisse brisée. Il est fait prisonnier. Soigné probablement à Bruxelles, Raoul est libéré sur parole et rentre des foyers à Neufchâteau (Vosges) en septembre 1815. Plus tard, il devra fuir la France pour les États-Unis d’Amérique, puis le Guatemala ou il œuvra, afin que ce pays reste indépendant, tout en exploitant une importante propriété agricole. Début 1833, Nicolas Raoul rentre en France. Sur les recommandations des généraux Drouot et Bertrand, Raoul avait été nommé par Louis-Philippe lieutenant-colonel et réintégré sur les contrôles de l’artillerie française. Il occupe donc des postes à Douai, à Lyon, Perpignan et Besançon. Le 19 juillet 1845, il est nommé maréchal de camp, puis le 24 octobre 1848, commandeur de la Légion d’honneur. Enfin, le 7 janvier 1849, Raoul est nommé commandant de l’artillerie de la 1ère division militaire à Vincennes. Il s’éteint le 20 mars 1850, date-anniversaire du retour de Napoléon à Paris. Concernant Jacques Roul, dont le nom est parfois orthographié Ruhl, cet « officier casseur d’assiettes et tapageur » Napoléon transmet une note à son sujet au grand maréchal Bertrand : « Longone, le 11 septembre 1814. Fonctions du chef d’escadron Roul. Le sieur Roul aura le commandement de toute ma cavalerie : en conséquence, les Polonais, chasseurs, Mamelucks, tant à pied qu’à cheval, seront sous ses ordres ; il m’accompagnera constamment à cheval, et il lui sera donné un cheval de mon écurie avec deux pistolets ; il commandera mes escortes et prendra les mesures de sûreté convenables ; il se concertera avec le commandant de gendarmerie pour le placement des gendarmes dans les lieux de passage, mais jamais les gendarmes ne devront me suivre… » (Léon-G. Pélissier, « Le Registre de l’île d’Elbe… », pp.113-114). A noter que Roul était « arrivé à l’île d’Elbe après le débarquement de Napoléon, il se disait chef d’escadron d’artillerie et manifestait une exaltation débordante pour l’Empereur à qui il avait offert ses services. Les soldats de la Garde l’accueillirent avec empressement et Napoléon le nomma premier officier d’ordonnance. On sut rapidement qu’il n’était que capitaine d’où des explications violentes avec des officiers de la Garde. Bien qu'aucun document officiel ne parle de ce premier officier d'ordonnance il est pourtant repris comme tel dans des lettres de l'Empereur ».
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Messagede Maria Kel » Ven 24 Février 2017 : 21:14

Très intéressant, merci :salut:
"L'île de Corse, j'ai quelque pressentiment qu'un jour, cette petite île étonnera l'Europe." Rousseau
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Messagede fanacyr » Ven 24 Février 2017 : 21:16

à vérifier
je crois que Jean Dumoulin sert au 5ème de Ligne en 1815 (le régiment de Laffrey)
Et là, passant le Pont/passant le Pont ?
La Garde ! / Alors, toute l'armée est Française aujourd'hui ?
d'où vient que l'on ne voit point d'Autrichiens ?/ Ils ont FUI !!!
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Messagede barthelemy » Sam 25 Février 2017 : 01:07

Nicolas Raoul Eugène Raoul...

La statue d'Eugène Sue est toujours à la même place.... :lol:

:fou:
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Napoléon à Golfe-Juan...Deux lettres d'Honoré V prince de Mo

Messagede Christophe » Sam 25 Février 2017 : 13:20

"Qui ne sait que, lorsque Napoléon débarqua au golfe-Juan, Cambronne, envoyé en avant-garde à Cannes, arrêta le duc de Valentinois (plus tard prince de Monaco sous le nom d’Honoré V [né en 1778, il est couronné en 1819 et règne jusqu’à sa mort, survenue le 2 octobre 1841] ), qui se rendait dans sa principauté, et l’envoya au bivouac de Napoléon ?

Voici sur cet épisode :

1°, le récit inédit du Prince ; 2°, une spirituelle et piquante réponse qu’il fit à un article fantaisiste qu’Alexandre Dumas père avait publié dans le « Voleur » du 30 juin 1841. Il est inutile de commenter ces deux documents ; nos lecteurs sauront en apprécier la valeur.

Arthur CHUQUET (« Feuilles d’Histoire », 1er mai 1913).
--------------------------
I.

Lettre du prince Monaco au maréchal Soult, duc de Dalmatie, ministre de la Guerre.

Monsieur le Maréchal,

J’ai l’honneur d’annoncer à Votre Excellence qu’en arrivant le jeudi premier mars [1815] à Cannes, vers les cinq heures du soir, j’ai été arrêté par un général qui est venu au-devant de moi sur la route, m’a prié de descendre, ayant, disait-il, quelques ordres à me communiquer. Lorsque j’ai été descendu, il m’a montré a cocarde tricolore en me disant : « Vous voyez que nous sommes ennemis, mais ne craignez rien, il ne vous sera fait aucune injure. » Je me suis trouvé dans le même moment entouré par un détachement de chasseurs de la Vieille Garde. Deux gendarmes qui m’escortaient en raison du passage de l’Estérel, ont été faits prisonniers comme moi. J’ai appris alors qu’un débarquement s’était opéré à une lieue environ de Cannes dans un petit golfe. Sept bâtiments, m’a-t-on dit, ont amené des troupes venues de l’île d’Elbe qui sont descendues vers trois heures après-midi.

Le général avait envoyé une estafette à l’état-major pour savoir ce qu’il fallait faire de moi. L’estafette ne revenant point, il m’a dit d’envoyer un de mes courriers chercher la réponse. J’ignore le contenu des ordres des ordres qu’a reçus le général, mais il m’a fait conduite à une auberge où je suis resté, gardé par un caporal dans ma chambre et un poste à ma porte.

Vers deux heures du martin, j’ai reçu de Napoléon l’ordre de me rendre en av avant du village pour l’attendre. Conduit par mon caporal, je suis arrivé à lap lace désignée où on avait allumé un feu. Au milieu d’un cercle de troupes, j’ai trouvé Napoléon qui m’a fait quelques questions insignifiantes et m’a dit que je pourrais continuer ma route après le passage des colonnes. Je me suis retiré à mon auberge avec mon caporal qui a continué à me garder jusqu’au départ des troupes, qui ont pris le chemin de Grasse dans les montagnes. On avait commandé 3.000 rations, mais on n’en a employé que [la] moitié environ. Des mulets ont été mis en réquisition pour les bagages. Point de cavalerie, mais une soixantaine de Polonais déterminés. Quelques pièces d’artillerie. J’ai eu des détails sur le débarquement, mais ils se contrarient : les uns m’ont dit que les vaisseaux étaient français, les autres que non. Il m’a semblé qu’à mon passage un bâtiment croisait devant les îles Sainte-Marguerite et attendait quelque nouvelle. Votre Excellence en sait sans doute beaucoup plus long que moi maintenant ; mais mon devoir m’ordonne de lui rendre compte du peu que j’ai appris, et comme je crains que le courrier ne se trouve intercepté, je prie Monsieur le gouverneur du comté de Nice de faire arriver ma lettre par un courrier du roi de Sardaigne.

Je vais m’occupez maintenant de tout ce qui peu regarder lap lace Monaco, et j’aurai l’honneur, sous peu de jours, de faire un rapport à Votre Excellence. Je ne lui parle pas d’Antibes où j’ai passé hier après-midi. On y a fait prisonniers quelques hommes de la Garde, envoyé avec des proclamations portant que Napoléon allait remonter sur son trône. Il paraît que lui-même est venu de ce côté et n’a retourné vers Cannes qu’après avoir échoué à Antibes.

L’esprit de la Provence est entièrement prononcé pour le Roi. Beaucoup de questions ont été faites pour connaître l’esprit public : tous ont répondu comme le maire de Cannes qui a dit : « J’ai servi fidèlement Napoléon, il a abdiqué, je me dois tout entier au Roi, je lui serai fidèle ; tous les habitants pensent comme moi. » Le général qui l’interrogeait lui a dit : « Vous êtes un brave homme. » Trois ou quatre chasseurs de la Garde ont quitté leur chef à Cannes même m’a-t-on dit. En général ils sont trompés sur la manière dont le roi traite les troupes et surtout la Veille Garde. Il ne sera pas difficile de les ramener. Si on avait eu des troupes ou des armes à Cannes, le débarquement n’aurait eu aucun résultat ; le peuple était fort animé, et, sans la crainte de faire brûler la ville, il y aurait eu du sang répandu. Je dois observer à Votre Excellence qu’au moment où l’avant-garde est arrivée à Cannes, quelques habitants se sont échappés dans les montagnes pour porter la nouvelle. On m’a dit que les gendarmes avaient été sur-le-champ prévenir le préfet. On a commis la faute de ne pas envoyer sur la grande route de l’Estérel pour prévenir du débarquement ; mais comme il ne se passe pas ordinairement beaucoup se voyageurs français sur cette route, on aura négligé cette précaution, croyant mieux d’envoyer prévenir promptement les autorités locales. S’il avait été possible de le prendre, on m’aurait épargné un grand désagrément et une inquiétude fort vive.

Ma lettre est écrite fort à la hâte, monsieur le Maréchal ; je vous prie de ne vous attacher qu’aux détails ; je me trouverai trop heureux s’ils peuvent vous être de quelque utilité.

Recevez, monsieur le Maréchal, l’assurance du respect avec lequel je suis votre serviteur.

Le duc de VALENTINOIS, prince de MONACO.

II.

Lettre du prince de Monaco à Alexandre Dumas.

8 juillet 1841.

Qu’un voyageur, homme d’esprit d’ailleurs, renouvelle des plaisanteries quelque peu usées sur la petitesse d’un pays ; qu’il laisse courir son imagination à la recherche d’une contredanse ; faute de mieux, que même il y joigne des personnalités d’une convenance plus ou moins hasardée, son article, comme tant d’autres, passera inaperçu.

Mais là s’arrêtent les limites du genre, et d’une histoire il n’est permis à personne de faire un conte.

Or, j’aperçois dans le « Voleur » du 30 juin un gros titre en majuscules.

LE PRINCE DE MONACO

Et en petites lettres : dont chacun sait l’histoire. A coup sûr, si quelqu’un le sait, ce n’est pas son historien.

D’abord, l’histoire ne s’est jamais mêlée de mes affaires. Je n’ai point été forcé de prendre une petite place à la cour de l’Empereur, parce que jamais il n’a appartenu à personne de faire violence à ma volonté. Je servais la France dès 1799. Aide-de-camp du prince Murat, je suis devenu, sur ma demande, premier écuyer de l’impératrice Joséphine et n’ai cessé de l’être que le jour où elle m’a rendu mon serment. L’estime de l’armée d’alors me rend peu sensible aux légèretés des journalistes ou des auteurs d’aujourd’hui.

Cela posé, Monsieur, j’ai un devoir à remplir, devoir pénible ; mais les paroles que vous prêtez à l’Empereur ainsi qu’à moi, le rendent impérieux : imaginer une conversation aussi puérile, aussi triviale, dans un moment aussi grave c’est commettre une faute de lèse-bon goût autant qu’altérer la vérité.

Les actions répondent aux paroles. Je ne me suis nullement frotté les yeux. On ne m’a point répété à satiété : bonjour, Monaco, parce qu’alors on n’avait ni un pareil ton, ni se semblables manières. A coup sûr, cette charge sur l’Empereur ne ressemble guère à son portrait. Or, vous savez sans doute qu’en fait de spéculation, la plus mauvaise de toutes est celle que l’on risque sur la vérité. L’Empereur ne m’a nullement offert de le suivre ; je ne lui ai pas répondu que j’attendrais ses ordres. Quant aux canons, il n’y en avait pas plus que d’artilleurs [ici, la mémoire du prince le trompe ; il disait en 1815 qu’il y avait « quelques pièces d’artillerie »].

L’officier français ne donne pas de coups de canne, le soldat n’en reçoit pas, et les princes de Monaco n’ont jamais fait pendre personne. Vous conviendrez, Monsieur, que votre imagination a trop de fécondité. J’étais loin de m’en plaindre en lisant vos romans, mais l’Histoire veut du vrai.

Recevez, Monsieur, l’assurance de ma très parfaite considération.

Prince de MONACO, duc de VALENTINOIS.
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